Bis repetita…

[Ceci ne représente qu’une analyse personnelle et est donc à prendre en tant que telle.]

Nouveau lendemain de premier tour d’élection présidentielle en France et on observe quasiment les mêmes réactions à chaque fois de la part des veautants1: les abstentionnistes font le jeu du Front National, qui aurait pu s’attendre au score de la candidate frontiste, les électeurs du FN sont tous des fachos, etc.

Première constatation, comme quasiment à chaque fois, les sondages se sont royalement plantés. Cela ne les empêchera pas de récidiver à la prochaine élection et d’aucuns de leur accorder à nouveau de la crédibilité.

Concernant la traditionnelle ritournelle sur l’abstention, la présente élection en montre le caractère fallacieux. Avec un taux d’abstention de 20%, c’est-à-dire dans la moyenne, le Front National obtient son meilleur score jamais réalisé dans une élection présidentielle.

Quant au score de la candidate frontiste, comment s’en étonner alors que ses idées sont au pouvoir depuis 5 ans. En fait, l’étonnant est plutôt le score de Nicolas Sarkozy que je voyais encore battu par la Pen en début de l’année.

En fait, le succès de la candidate frontiste est le résultats de plusieurs facteurs2. Tout d’abord, elle a su maintenir le leadership du Front National à l’extrême-droite, évitant ainsi une fragmentation de son électorat habituel. Ensuite, elle a réussi à étendre son influence au-delà de ce socle “traditionnel” (qui tourne autour de 10-15%). Pour ce faire elle a su renouveler l’image réactionnaire qui collait au FN et se démarquer des saillies fascisantes de son paternel. D’un point de vue économique, elle s’est également détournée du modèle reagannien qui était celui de son père pour adopter une posture plus keynésienne. Ainsi, elle a réussi à se faire passer comme la seule candidate anti-système “crédible”.

En effet, pour un électeur qui voudrait voter pour une alternative “crédible” au système actuel, quels choix se présentent? Les “petits” candidats sont directement rejetés car purement et simplement inaudibles3 et peu “crédibles”, les partis traditionnels UMP, PS, Modem sont ceux que l’on ne veut plus voir, reste Mélenchon. Mais un ancien ministre et sénateur socialiste peut-il réellement être un candidat anti-système? De plus, depuis 2002, le Front National a fait la preuve qu’il pouvait accéder au second tour d’une élection présidentielle. Du coup, elle peut être vue comme étant une candidate avec une bonne chance d’accéder au second tour et qui s’oppose aux marchés, aux “élites”, au système “UMPS” et prétend dépasser le clivage gauche-droite…

Mais qu’on ne s’y trompe pas, pour moi le vote contestataire FN est un vote de colère et de peur.

Colère contre des dirigeants politiques qui préfèrent sauver les banques plutôt que les usines, préfèrent aider les assistés que ceux qui travaillent4 (et par extension les étrangers aux français)5; bref la colère contre un système dont ils ne perçoivent plus les bénéfices et qui semble les oublier.

Et la peur. Du chômage, de l’avenir, de l’islam, de l’étranger, de simplement rejoindre les classes les plus précarisées; bref, de la relégation sociale.

“Les racistes sont des gens qui se trompent de colère” disait le regretté Pierre Desproges lors de la séance du Tribunal des Flagrants Délires justemment consacrée à Jean-Marie Le Pen.

Je pense qu’il y a un énorme travail à effectuer par la gauche (de gauche) pour amener une bonne partie des électeurs FN à trouver une juste colère et à troquer la peur par l’espoir.

En bonus, une petite carte de la droite de droite6 (càd en combinant les scores de Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2012):
Sarko+Le Pen
Légende: bleu: NS+MLP > 40%, violet: > 45%, noir: > 50%

  1. elle n’est pas de moi mais je l’emprunte ;) []
  2. A lire dans le Monde Diplomatique de ce mois-ci: “Acrobaties doctrinales au Front national“ []
  3. contrairement au FN qui a certainement bénéficié d’une bien meilleure couverture médiatique que les candidats de la gauche anticapitaliste… []
  4. il faut noter que les grands partis et les médias ont beaucoup fait pour développer cette vision de la société. []
  5. mais cette vision de l’étranger profitant d’allocations sociales n’est pas neuve, il suffit de se rappeler de la tirade de Chirac sur “le bruit et l’odeur” lors de la campagne de 1988. []
  6. ben quoi, on dit bien gauche de gauche? []

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