Libéral, ça rime avec Carnaval…

Ce qu’il y a de bien avec les libéraux, c’est qu’ils sont parfois tellement caricaturaux qu’il est impossible de les prendre au sérieux…

Tenez, par exemple, grâce à l’inénarrable Grand Barnum (dont on se dit, à voir l’anticommunisme primaire, qu’il a dû être maltraité par un instituteur communiste à l’école) j’ai pu découvrir certains articles de la poilante revue Contrepoints1.

Par exemple celui-ci, sobrement intitulé: Hitler et le Che, deux faces d’une même pièce d’un certain Manuel Llamas. On sait que les néo-cons ont tendance à renvoyer dos à dos nazisme et communisme en raison des crimes perpétrés par ces régimes; mais ici, on va encore plus loin.

On y apprend que “en réalité, communisme, fascisme et nazisme forment un front commun. Ils sont, par essence, des manifestations diverses de la pensée anticapitaliste la plus extrême.” ou que “la colonne vertébrale des communistes et des nazis n’est ni plus ni moins que leur socialisme idolâtré.”
Mais attention, hein, c’est un article sérieux, l’auteur avance des justifications à ces raccourcis historiques: “Ainsi, il suffit de lire les allégations2 anticapitalistes des leaders nazis pour vérifier le germe purement socialiste du totalitarisme hitlérien.” (suivent 4 citations non sourcées et donc totalement invérifiables, et d’ailleurs introuvables sur le web).

L’auteur termine tout en délicatesse: “pourquoi les jeunes anti-système n’impriment pas le visage du Führer sur des chemisettes rouges avec une svastika en fond, dans le plus pur style Che Guevara. Pourquoi cette discrimination, si, en fin de compte, Hitler et le Che poursuivaient la même fin, employant, en plus, des méthodes si semblables ?”

Adolf Hitler communiste? S’il en avait une, il serait en train de se retourner dans sa tombe. Pour donner juste une illustration de son “communisme”, faut-il rappeler qu’il conservait une photo d’Henry Ford dans son bureau:

“I regard Henry Ford as my inspiration,” Hitler told a Detroit News reporter two years before becoming the German chancellor in 1933, explaining why he kept a life-size portrait of the American automaker next to his desk.3

Nul doute que Ford devait être un patron crypto-marxiste. Tout comme devait l’être le grand-père du président Bush, ou les grandes entreprises allemandes (IG Farben, Krupp Ag, BMW, Mercedes-Benz, Volkswagen,…), etc. En fait, il ne fait aucun doute que tout le monde sont communiste, en-dehors d’une poignée de vaillants chevaliers libéraux se battant sans relâche pour la liberté et la démocratie (libérale bien sûr – peut-il d’ailleurs en exister une autre?).

Dans la même veine, on peut lire un compte-rendu du dernier livre de Vargas Llosa dans un article intitulé: Le bon sens contre l’utopie4 signé Bogdan Calinescu.

Il cumule les poncifs habituels: “il dénonce avec multiples arguments les ravages de l’étatisme et du socialisme en Amérique latine et fait l’éloge de la liberté économique.”, “Vargas Llosa en personne a été candidat libéral aux présidentielles péruviennes de 1990. Son programme économique était on ne peut plus reaganien.” (“He proposed a drastic economic austerity program that frightened most of the country’s poor; this program emphasized the need for privatization, a market economy, free trade, and most importantly, the dissemination of private property.“).

On y apprend que “Les parties [du livre] sont consacrées à la plaie de l’autoritarisme en Amérique latine”. Mais attention ami lecteur, l'”autoritarisme” dont on parle n’est pas celui des Pinochet, Somoza, des généraux Argentins, Brésiliens, ou autres (ces gens-là ne pratiquaient au fond qu’une démocratie un peu rugueuse n’est-ce pas, d’ailleurs n’étaient-ils pas défendus par les Etats-Unis de Reagan, inspiration de l’auteur?); mais bien de “la dictature « parfaite » du PRI au Mexique”, parti dont on apprendra qu’il a une “idéologie marxiste”, ce qui ne l’empêchera pas de signer l’accord de libre-échange Nord-Americain en 1992 (décidemment, même les marxistes ne sont plus ce qu’ils étaient), accord qui sera à l’origine de la révolte zapatiste de l’EZLN. En parlant des zapatistes, on découvrira “l’épuration ethnique menée par le sous-commandant Marcos en Bolivie” (?!?) Etonnant, sachant, par exemple qu’il a refusé de se rendre à l’intronisation d’Evo Morales à la présidence de Bolivie5.

L’article s’achève en mentionnant la “Très intéressante l’analyse que l’auteur consacre à l’Argentine, l’un des pays les plus riches du continent et qui est tombé dans le coma économique.” mais, comme c’est étonnant, sans en expliquer l’origine. Peut-etre pour éviter de rappeler qu’une grosse partie de la dette a été contractée sous la dictature, alors que “La junte poursuivit une restructuration néolibérale de l’économie, inspirée par le monétarisme“?

C’est sans doute le plus tragique pour ces libéraux pur-jus, que l’histoire ne cesse de les contredire; mais nul doute qu’il s’agisse encore d’un complot communiste (ils sont partout!). Vivement qu’elle soit liberalisée pour qu’elle puisse enfin correspondre à leurs théories…

  1. dont le slogan est “le nivellement par le haut” mais il ne doit pas s’agir de niveau intellectuel a priori… []
  2. ALLÉGATION, subst. fém.: Affirmation, assertion (mal fondée, voire mensongère). Autant dire que l’auteur ne semble guère y croire lui-même… []
  3. “”Je considère Henry Ford comme mon inspiration,” a déclaré Hitler à un journaliste du Detroit News deux ans avant de devenir le Chancelier allemand en 1933, expliquant pourquoi il conservait un portrait de taille grandeur nature du constructeur automobile américain à côté de son bureau.” Et comme je ne suis pas libéral, je me permets de donner la source: cet article du Washington Post, journal communiste bien connu. []
  4. Evidemment, le bons sens libéral est celui qui trouve normal qu’1% de la population détienne la majorité des richesses. []
  5. Lire cet article du Monde Diplomatique []

Traduisons un article de la Libre…

Parfois, il suffit de pas grand chose pour qu’un article a priori indigeste devienne limpide.

Prenons par exemple cet article de la Libre Belgique, intitulé (tout en finesse):
Une priorité : la compétitivité. Et l’index ?1

Pour rendre ce charabia compréhensible, il suffit de remplacer certains termes par leur signification pour que tout s’éclaire. Ainsi, voici ce que l’on obtient en remplaçant compétitivité par compétition entre travailleurs et index par mécanisme de maintien du pouvoir d’achat2.

Je les laisse en italique dans le texte pour qu’on aperçoive les changements ainsi que leur récurrence dans la prose de V.d.W.; je me permets de souligner également en gras quelques passages qui méritent notre attention.

Une priorité : la compétition entre travailleurs. Et le mécanisme de maintien du pouvoir d’achat ?

V.d.W.
Mis en ligne le 16/02/2012

Le gouvernement ne pourra sans doute pas éviter une réflexion sur le mécanisme de maintien du pouvoir d’achat. Des entreprises affirment que sans réforme du mécanisme de maintien du pouvoir d’achat, elles vont devoir licencier.

De toutes parts, les signaux qui arrivent du monde des entreprises sont alarmants. De nombreuses sociétés, surtout actives dans l’industrie, auraient déjà postposé des plans de restructuration et de licenciements. Mais le ralentissement économique prévu pour 2012 et les deux actions du mécanisme de maintien du pouvoir d’achat de 2 % que ces entreprises devront offrir à leur personnel pourraient pousser certaines d’entre elles à procéder à des vagues importantes de licenciements. Dans les milieux patronaux, on affirme que cette vague de licenciements est la conséquence directe de la réduction de la position concurrentielle des entreprises belges par rapport à celles des pays voisins. Une perte concurrentielle qui serait surtout liée aux coûts salariaux “dopés” par le système du mécanisme du maintien du pouvoir d’achat automatique.

Exagéré ou pas, cet avertissement, ajouté aux signaux d’alarme transmis par les patrons, est pris au sérieux dans les milieux gouvernementaux. Préserver la compétition entre travailleurs des entreprises, maintenir un climat favorable à l’investissement, à la production et à l’exportation, tels sont quelques-uns des objectifs que s’est fixés le Premier ministre. Mais sur la manière de préserver la position concurrentielle des entreprises, il y a des divergences, entre patrons et syndicats d’abord et au sein même du gouvernernement. Le clivage est sérieux : d’un côté on pointe le mécanisme de maintien du pouvoir d’achat, de l’autre, on ne veut pas y toucher.

Il est illusoire de penser que cette problématique pourra être résolue à l’occasion du prochain contrôle budgétaire. Le sujet est bien trop sensible. Au lendemain d’une grève “générale”, après des sondages dans lesquels le PS a perdu quelques plumes, l’aile gauche du gouvernement n’acceptera pas que “l’on touche au mécanisme de maintien du pouvoir d’achat“. La vice-Première ministre et ministre des Affaires sociales, Laurette Onkelinx l’a dit sans ambages : “Toucher au mécanisme de maintien du pouvoir d’achat, on peut le faire. Mais ce sera sans nous.” Mais le SP.A, lui, a évolué : Johan Vande Lanotte n’a pas rejeté la possibilité d’une adaptation. Les autres partis flamands, sont demandeurs (Open VLD) ou à tout le moins ouverts à la discussion (CD&V). Le MR est pour et le CDH semble se distancier du PS.

Alors ? Le PS peut-il tout bloquer ? Pas sûr. Car, le gouvernement avait demandé à la Banque nationale de Belgique (BNB) une étude sur notre mécanisme de maintien du pouvoir d’achat par les salaires et sur les alternatives possibles. Mercredi matin, “De Morgen” livrait déjà les principales conclusions de cette étude : selon le journal flamand, la BNB proposerait plusieurs pistes : l’arrêt de la prise en compte dans le calcul du mécanisme de maintien du pouvoir d’achat des prix énergétiques, l’allongement de la période de calcul, des adaptations conditionnées à une concertation avec les partenaires sociaux ou encore fixées en fonction de la hauteur de la rémunération.

Ce document serait, selon certaines sources, un “brouillon” non encore approuvé par le Conseil de régence de la BNB. Mercredi, réunis en kern, le Premier et les vice-Premiers ministres n’ont pas souhaité examiner en profondeur ces conclusions, jugées par trop hâtives. Ils ont demandé au gouverneur de la Banque un “approfondissement” de l’étude par le Conseil de Régence. Ce n’est pas anodin : les partenaires sociaux font partie de ce Conseil de régence.

Les conclusions de cette étude ne devraient être déposées au gouvernement qu’après le contrôle budgétaire. Certains plaident même pour qu’on attende les élections sociales, prévues en mai. D’autres veulent carrément revoir toute la loi de 1996 relative à “la promotion de l’emploi et à la sauvegarde préventive de la compétition entre travailleurs“.

Cela ne veut pas dire que l’on “touchera” au mécanisme de maintien du pouvoir d’achat. Pour contourner l’obstacle, la réflexion pourrait être globale car la compétition entre travailleurs, font valoir certains ministres, ce n’est pas qu’un problème de mécanisme de maintien du pouvoir d’achat et de coûts salariaux, mais aussi de formation, d’emploi et d’exportation : l’éparpillement des forces nous fait parfois perdre de juteux marchés. A l’issue du contrôle budgétaire, le gouvernement pourrait donc lancer une vaste réflexion sur la compétition entre travailleurs sans prononcer le mot tabou : le mécanisme de maintien du pouvoir d’achat.

Ces perspectives freineront-elles ou reporteront-elles les douloureuses restructurations annoncées dans l’industrie ? Ce n’est pas sûr.

(spéciale cassedédi à mon pote Thitho ;-) )

  1. signé V.d.W., s’agirait-il du fameux Francis Van de Woestyne que j’ai déjà évoqué ici? []
  2. oui, c’est plus long, mais au-moins c’est clair. []

Débat tragique à l’ULB: 1 mort médiatique

Le 7 février dernier, Caroline Fourest était invitée à débattre avec Hervé Hasquin sur le thème “L’extrême-droite est-elle devenue fréquentable?” à l’Université Libre de Bruxelles. Débat modéré par Guy Haarscher.

La soirée tourna court quand une poignée d’individus affublés de pseudo-“burqa” emmenés par Souhail Chichah, un assistant de l’ULB, interrompirent le débat en question aux cris de “Burqa bla bla”.

La suite était prévisible: unanime levée de boucliers pour dénoncer une atteinte à la liberté d’expression, assimilation des perturbateurs à des intégristes musulmans, condamnation violente de Souhail Chichah et demandes de son expulsion de l’Université, …

J’ai fait une petite analyse de cette mise à mort médiatique sur la page De la “burqa bla bla” au lynchage médiatique.

Je voudrais revenir ici sur plusieurs éléments singulièrement absents de l’abondante couverture médiatique de l’événement.

Tout d’abord, le terme de “débat” pour qualifier l’événement. Comme je le rappelle dans ma petite analyse, le terme “débat” implique des interlocuteurs ayant des idées opposées sur un sujet. Peut-on vraiment imaginer un instant que Caroline Fourest, Hervé Hasquin (ancien Ministre MR, ancien président et recteur de l’ULB) et Guy Haarscher (philosophe proche du MR et grand défenseur de l’Etat d’Israël) puissent avoir autre chose que des divergences de forme sur un thème comme celui de l’extrême-droite1?

Il s’agissait donc plutôt d’une conférence de Caroline Fourest, voire d’un “dialogue” comme elle le dit elle-même dans son compte-rendu de la soirée.

Deuxième chose, la personnalité controversée de Caroline Fourest elle-même. Présentée dans un article comme une “essayiste et journaliste française, auteure d’une biographie fouillée sur Marine Le Pen“, les grands médias n’émettent aucune critique sur la qualité de son travail.

Pourtant celui-ci procède bien souvent d’amalgames, généralisations, approximations, accusations sans preuves, voire calomnies. Pour s’en convaincre, on pourra consulter les sites d’Acrimed ou Les Mots Sont Importants, et, à ma connaissance, deux ouvrages au-moins effectuent une critique du travail de la journaliste:

Le dernier exemple en date est peut-être son propre compte-rendu de la conférence qui commence, tout en finesse, par:

C’est l’histoire d’une conférence contre l’extrême droite et le racisme anti-musulmans qui se retrouve sabotée par une extrême droite pro-islamiste.

Donc, pour Caroline Fourest, contester son point de vue sur “l’extrême-droite et le racisme anti-musulman” relève de l’extrême-droite pro-islamiste. Joli raccourci.

Un peu plus loin, elle décrit l’ULB où “quelques-uns de ces cercles [étudiants] sont noyautés et tombés sous le charme du prédicateur Tariq Ramadan, invité régulièrement comme une rock star sur leur campus, quand ils ne font pas venir l’humoriste Dieudonné… Histoire de rire un peu des Juifs et de leur lobby tout puissant.”

Sachant d’une part que Tariq Ramadan est persona non grata à l’ULB depuis 2007 où une conférence qu’il devait tenir a été annulée par décision des autorités de l’Université, déclenchant au passage une polémique sur la question de la liberté d’expression à l’ULB; et d’autre part que, à ma connaissance, Dieudonné n’a jamais donné de conférence à l’ULB, on est en droit d’avoir quelques réserves sur le sérieux et les méthodes de travail de Caroline Fourest.

On aurait donc pu attendre des autorités académiques que, suivant leur propre règle3, elles exigent la présence d’un (réel) contradicteur à cette soirée.
Cela ne signifie nullement “inviter des représentants de l’extrême droite pour nous apporter la contradiction” comme le pense Caroline Fourest, qui, reprenant le fameux “on peut rire de tout; mais pas avec tout le monde” de Pierre Desproges, affirme que “la même règle vaut pour l’échange intellectuel”, tout en rappellant plus loin qu’elle a participé à “un débat très regardé sur France 2 face à Marine Le Pen”. Difficile de s’y retrouver…

C’est, d’après ce qu’il affirme, ce caractère non-contradictoire qui aurait poussé Souhail Chichah (après avoir vainement demandé à participer au débat) et ses camarades à déclencher cette “burqa pride”. Au vu de ce qui précède, on ne pourrait tout à fait lui donner tort, surtout connaissant la tradition du chahut dans l’enceinte universitaire. Pourtant, je trouve personnellement que cette action mal construite, contre-productive et finalement dangereuse.

– Mal construite, parce que si le groupe des pertubateurs avaient (on l’espère) les clés d’interprétation du chahut, le public les ignorait. Le slogan “burqa bla bla” faisait, parait-il, référence à cet article de Serge Halimi dans le Monde Diplomatique. Sans le signaler, comment l’audience peut-elle le savoir? Absence totale aussi de banderoles ou de tracts expliquant le sens de l’action. Ensuite, désigné comme le meneur du groupe par Guy Haarscher, Souhail Chichah refusera d’abord de s’exprimer, ce qu’on ne saurait lui reprocher quand on sait qu’il ne suffit pas d’avoir accès au micro pour pouvoir s’exprimer4, puis il finira par prendre un micro qui sera, dit-il, coupé au bout de quelques minutes… Pourquoi, sachant qu’il serait inutile de débattre dans de telles conditions, ne pas avoir préparé un texte pouvant être lu à haute voix?

– Contre-productive, en raison de ce qui précède, le retour médiatique était prévisible. Les hauts cris sur la “censure”, l’atteinte à la “liberté d’expression”, le fait qu’elle soit le fait de “fascistes”, ou “d’intégristes musulmans”, étaient sans surprise. Mais si le bruit médiatique était très (trop) élevé en rapport avec l’événement, il n’a servi qu’à asseoir les positions de Fourest, Hasquin et Haarscher qui ont beau jeu de se draper dans leur liberté d’expression bafouée. Il n’y aura aucune critique des positions de Caroline Fourest dans les médias dominants suite à cette action. Quelle était alors son objectif réel?

– Dangereuse, car en plus des risques personnels encourus par Souhail Chichah, ce type d’action non-expliquée permet de créer un consensus autour des personnes visées. Comme le dit Henri Goldman: “Le chahut de l’ULB fut un merveilleux cadeau à Caroline Fourest qui en est sortie à son avantage“. Par conséquent, ceux qui s’opposent aux idées et aux méthodes de Caroline Fourest vont devoir se battre encore plus pour défendre un point de vue contraire à celle-ci et vont probablement devoir se justifier face à des accusations de sympathie pour l’extrême-droite et/ou l’islamisme. De plus, la fabrication d’un “martyr de la cause” en la personne de Souhail Chichah, ne me semble pas augurer d’un enrichissement du débat d’idées…

Bref, si l’idée d’une action de ce genre pouvait clairement se justifier, on ne peut que regretter le gâchis qui en résulte dans ce cas précis.

(et je me rends compte que j’ai été beaucoup plus long que je ne le souhaitais sur ce micro-événement, alors que j’aurais bien voulu faire un parallèle avec la suspension de séance à l’Assemblée Nationale française lors de l’intervention de Serge Letchimy contre les propos du Ministre de l’Intérieur, Claude Guéant…)

  1. Et bien sûr, pour ces trois là l’extrême-droite se cantone au Front National ou aux mouvements belges équivalents. Ne pourrait-on pourtant pas la trouver aussi à l’UMP ou au MR? []
  2. à noter que ce livre a lui même subi une critique sur le site d’Acrimed: Pascal Boniface, un copiste solitaire contre les « intellectuels faussaires ». []
  3. Plusieurs “débats” ayant été annulés en raison de leur aspect “non-contradictoire”. []
  4. et ici je pense à l’émission de Bourdieu dans Arrêt sur images où le sociologue est lui-même victime de ce qu’il entendait dénoncer. []

Un coup à vous gouacher la sécurité…

Je voudrais revenir (très) brièvement sur le “véritable déchaînement de vandalisme” (dixit La Capitale) qui a frappé la station de prémétro Horta à Saint-Gilles.

Tout d’abord sur le “déchaînement” journalistique où l’on semble avoir repris au mot les déclaration de la direction de la Stib sur ces dégradations qui, d’après ce que j’ai pu lire et voir, se limitaient à des taches de peintures et au blocage des portillons1. Le traitement médiatique n’a-t-il pas été exagéré?

En tout cas, l’occasion était évidemment trop belle pour ne pas monter en épingle le “dérapage”2 du député MR3 Alain Destexhe attribuant les faits à des “Norvégiens”. Le seul commentaire que m’inspire cette analyse politique subtile est celui que j’ai pu lire sur un réseau social: “On ne sait pas si ce sont des arabes qui ont fait le coup. En tout cas on est sûr que ce sont des arabes qui vont nettoyer.”

Mais, ce que je voudrais vraiment souligner dans cette histoire, c’est l’échec de dispositifs vantés pour assurer la “sécurité”: les caméras de surveillance et les portillons d’accès.

Depuis le temps qu’on nous vend la vidéo-surveillance, rebaptisée depuis vidéoprotection (sic), comme la panacée en matière de sécurité4. De même, les nouveaux portillons d’accès ont pour objectif principal, d’après la propagande de la Stib, de “lutter contre la fraude tout en augmentant la sécurité dans le métro” (re-sic)5. Bien évidemment ni la Stib (c’est logique) ni les journalistes (est-ce étonnant) n’ont relevé ce fait.

Il est toujours bon de le rappeler: les solutions technologiques ne résoudront jamais à elles seules des problèmes humains…

  1. On pourra voir une vidéo ici ainsi que quelques images ici []
  2. je pense qu’à son niveau, ça n’est plus de dérapage qu’il faudrait parler mais bien patinage permanent []
  3. qui ne signifie pas Mouvement Raciste comme on pourrait le croire mais bien Mouvement Réformateur (ou peut-être Maoïsme & Rolex?) []
  4. A lire sur le sujet, La caméra de surveillance : entre fascination politique et déceptions pratiques, par Julien Pieret dans le n°5 du JIM []
  5. et sur ces portillons entre autres, on pourra lire l’article de Céline Delforge, Stib Brother, toujours dans ce numéro du JIM consacré à Big Brother []

Pour ou contre la grève? La Libre Belgique a choisi son camp…

On le sait, les médias dominants choisissent rarement le camp des travailleurs dans le cas de conflits sociaux1. La grève générale du 30 janvier ne fait pas exception à la règle, la plupart des journaux relayant complaisamment le message patronal qu’elle “ne sert a rien” voire qu’elle “met l’économie en danger2; mais la plupart du temps, se drapant dans leur pseudo-objectivité, ils prétendent se contenter de renvoyer dos à dos patronat et syndicats.

La Libre Belgique (du moins ses articles en ligne) a, elle, clairement choisi son camp. Qu’on en juge par les articles publiés sur son site au lendemain de cette grève:

  • L’édito de Francis Van de Woestyne, intitulé sobrement “au boulot” dont je ne résiste pas à vous copier l’introduction:

    Il a donc fallu supporter, lundi soir, les communiqués triomphants des organisations syndicales se félicitant d’avoir paralysé le pays – chacun place sa gloire où il peut – pendant 24 heures. Une victoire ? Que non

    Il a au-moins le mérite de reconnaître explicitement appartenir aux “jaunes“. Les choses sont claires.

  • Un article de Vincent Rocour intitulé “Grève: un succès relativisé” qui, sous le prétexte de mesurer le succès ou non de la grève générale cherche à en diminuer la portée (premiere grève générale en Belgique depuis 18 ans!). D’ailleurs l’article le signale lui-même, ce sont les employeurs qui relativisent le succès de la grève. Le titre reprend donc le seul credo patronal3.
  • Droit de grève. Jusqu’où peut-il aller ?” est le titre d’un “entretien” avec Sébastien ROGER, présenté comme un “Avocat spécialisé en droit social” au cabinet Stibbe, pour qui le droit social “est une des composantes incontournables dans la gestion des entreprises.“. On sent l’interlocuteur empli d’une parfaite neutralité sur la question…
  • Grève: l’UCM dénonce la “violence d’une minorité” est un autre entretien entre Thierry Evens pour l’UCM (Union des Classes Moyennes) et Myriam Delmée pour le Setca (Syndicat socialiste des employés et cadres) qui, à l’instar du titre, n’aura pas droit à la même place dans l’article… Et la photo illustrant l’article oriente également le lecteur puisqu’on y voit un syndicaliste brandir un semblant de matraque, ce qui vise à corroborer la “violence” inscrite dans le titre.
  • Seul l’article de Grégoire Comhaire, “Je ne veux pas conduire mon bus jusqu’à 70 ans” donne la parole a un travailleur de la Stib en grève; mais tout en distillant en filigrane l’inutilité de celle-ci, puisque l’article se conclut sur cette parole du chauffeur: “Mais malheureusement, je sais qu’ils vont finir par réformer tout ça. Ils vont nous imposer de travailler plus longtemps. On le sait. Et on n’est pas d’accord.” Autrement dit la grève peut servir de défouloir mais ne changera rien…

Bref, on cherchera longtemps cette prétendue objectivité journalistique qu’on reproche si facilement à la presse militante de ne pas avoir et on lira donc, par exemple, avec plaisir le compte-rendu de militants CGT de Tourcoing venus rendre visite à leurs camarades belges de Courtrai en grève…

A lire aussi:

  1. voir par exemple le cas de la grève de la fonction publique le 22 décembre 2011 []
  2. on aurait pu croire que c’était la dérèglementation financière qui avait entrainé l’économie mondiale dans sa chute. Que nenni! C’est la faute des grévistes! []
  3. Pourquoi ne pas titrer par exemple: “Grève générale:Succès pour les syndicats, échec pour les employeurs”? []

“Nous n’irons plus au bois”

Hem… oui, il serait temps que je me remette à poster ici de temps en temps… ;)

En attendant, et parce que j’ai déjà longuement évoqué la question de la prostitution ici, je voulais signaler l’initiative Zéro Macho qui vise à montrer que des hommes aussi peuvent s’engager contre la prostitution…

Allez, à bientôt hein!

Bienvenue dans le monde (merveilleux) de Mobib

Bon, je vous ai déjà souvent parlé de la carte Mobib de la Stib1; mais ma dernière mésaventure avec cette merveille de technologie dépasse, de très loin, les bornes2.

Or donc, il se fait que fin de la semaine dernière, ma carte cesse de fonctionner.
Pourquoi? Peut-être l’envie de vacances après moins de 3 ans de bons et loyaux se(r)vices…

Muni d’une bonne dose de patience3 et prêt à affronter la promiscuité inérente à un trajet en bus4, je me rends à la “Bootik” de la Porte de Namur.

Sur place, un employé de la Société des Transports Interminables de Bruxelles me donne un ticket numéroté, sésame qui me permettra d’accéder à l’un des 5 guichets (maximum) que compte cette agence.

Chic, “que” 8 numéros à attendre.

C’est là que l’expression, “s’armer de patience” prend tout son sens…

Au passage, je remarque que s’il n’y a que 5 guichets ouverts (au maximum), il y a toujours 3 employés (au minimum) pour canaliser le flux de nouveaux arrivants, fournir les tickets et répondre au questions…
Dommage qu’ils ne puissent se trouver derrière un guichet, le temps d’attente en serait peut-être diminué d’autant.

Quoiqu’il en soit, je profite de l’attente pour demander à l’une des employées ce qu’il convient de faire quand on se retrouve face à un portillon et que sa carte refuse de fonctionner?
Réponse: “euh… eh bien il faut acheter un ticket alors”
Et si on n’a pas de monnaie pour s’acheter un ticket vu qu’on a un abonnement?
“euh…”5

Bref, après 40 minutes d’attente, voici enfin mon tour arrivé.

Visiblement, le guichetier a l’habitude de ce genre de problème, et quand je lui pose la question, il confirme que ce problème de cartes qui se démagnétisent arrive très souvent. Il en avait d’ailleurs déjà reçues quelques unes ce matin.

Quoi qu’il en soit, il me prépare une nouvelle carte qu’il insère dans une sorte de boitier en plastique qu’il glisse dans une pochette et qu’il me tend à la fin de l’opération.

Pressé de retourner à des activités plus signifiantes que la bureaucratie stibienne6, j’enfourne la pochette dans mon portefeuille sans autre forme de procès.

Et de fait, ma nouvelle carte me permet de “biper” sans problème aux portillons du métro et dans les bus, sauf que…

Sauf que, j’ai un abonnement Airport Line7 qu’il faut activer avec un bouton spécial sur la borne Mobib pour bien indiquer que, oui, votre abonnement est bien un abonnement pour l’aéroport et non pas un abonnement “normal”.

Et donc, au moment de valider à l’aéroport, ma nouvelle carte fait une erreur…
“Bon, me dis-je, ils ont encore fait une erreur et ils n’ont pas mis le bon abonnement sur la carte.”
Du coup, avisant le bouton “Info” sur la borne, je vérifie mon abonnement…
“Abonnement scolaire” que me dit la borne…

Abonnement scolaire?

Saisi d’un doute, j’ouvre mon portefeuille et me saisis de la pochette, et en l’ouvrant, je vois ça8:

What the fuck!

Car, non, je ne me prénomme pas Geoffroy et non je ne suis pas né en 1987…

Me voilà avec l’abonnement de quelqu’un d’autre!

Et c’est reparti pour un tour de “Bootik”!

Bref, comme l’explique si bien le site de la carte Mobib, il s’agit d’un “pass aux nombreux avantages”:

  • “Il vous simplifie la vie”

    Grâce à la technologie “sans contact”, votre pass peut être lu par le valideur dans un rayon de 5 cm, donc plus besoin d’introduire votre ticket dans le valideur. Tellement plus pratique et plus rapide.

    Sauf quand ta carte ne fonctionne pas!

  • “Il peut être chargé selon vos besoins”

    Le pass MOBIB offre tellement de souplesse qu’il vous permet également de choisir vous-même la date à laquelle vous souhaitez que votre abonnement commence. (…)

    Sauf que tu as intérêt à te rappeler de la date de validité de ton abonnement, puisque rien sur la carte ne te le signale…

  • “Il vous évite les files d’attente”

    Sic! No comment…

  • “Il a une longue durée de vie”

    Conservez votre pass précieusement. Solide et résistant, il est conçu pour une durée d’au moins 5 ans.

    Encore raté!

Bref:

Bienvenue dans le monde MOBIB

Vivez une réelle révolution dans votre utilisation quotidienne des transports publics avec le pass MOBIB, la nouvelle carte de transport de la STIB : Rapide, facile et flexible. Vous gagnez du temps lors du renouvellement de vos contrats de transport et vous décidez vous-même des dates de validité de votre abonnement! Tout devient possible.

Tout devient possible“, en effet, et c’est sans doute ça le plus effrayant…

  1. ici, ici, ici et []
  2. ha ha ha – rires, mais jaunes []
  3. parce que, oui, je connais la Stib… []
  4. les habitués de la ligne 71 me comprendront []
  5. Vinalia m’a justement fait remarqué que je n’ai pas pensé à demander si la Stib rembourserait les tickets ainsi nécessaires en sus de ton abonnement… []
  6. à laquelle je n’ai jamais été autant confronté que depuis le passage à Mobib, faut-il encore le signaler… []
  7. oui je bosse près de l’aéroport []
  8. enfin, en non flouté évidemment []

N’oublions jamais…

Le 11 septembre 1973, au Chili, le capitalisme montrait qu’il ne recule devant aucune extrémité pour imposer sa loi…