Pour ne rien changer: votez!

Le système dans lequel nous vivons actuellement1 repose sur un ordre social de type pyramidal: la minorité des profiteurs en haut, la majorité des exploités en bas. Comme toujours dans ce type de hiérarchie se pose la question de la pérennité d’une organisation qui ne profite réellement qu’à une minorité de ses membres.

Le capitalisme a trouvé de nombreux moyens pour assurer sa stabilité. L’un d’entre-eux est l’organisation d’élections “démocratiques”2.

Ces élections ont (au-moins) deux objectifs: d’une part renouveller les élites politiques et d’autre part garantir l’adhésion d’une majorité de la population à l’ordre actuel.

Si le premier point est relativement évident, il me semble tout de même bon de rappeler que ce que l’on nomme les “élites politiques” (c’est à dire ceux qui se trouvent à la tête des partis de gouvernement par opposition aux militants “de base” ou aux petites formations politiques) se situent dans le haut de la pyramide. S’ils désirent s’y maintenir, ils ont besoin de l’appui du capital et se doivent donc de servir, dans une certaine mesure, ses intérêts3.

Quant au second objectif, obtenir le soutien de la majorité de la population, le processus électoral y contribue en donnant à tout un chacun le sentiment de participer, ne fut-ce que par le simple acte de voter, à la vie politique sans pourtant leur donner un moyen concret de peser sur elle.La liberté et du pain
De plus, le vote permet de jouer un rôle de soupape face à la grogne populaire. En effet, l’élection fournit aux mécontents une voie légale pour exprimer leur ressentiment.

Cet aspect de contestation légale est absolument nécessaire au système puisqu’il permet alors à celui-ci de criminaliser toutes les autres méthodes de contestation et de canaliser la colère populaire dans un processus dont il garde la maîtrise4.

Ainsi, en criminalisant les autres formes de lutte et en offrant une large palette d’offres politique, il parvient à installer progressivement dans l’esprit de la population l’idée que le vote est le seul moyen acceptable d’obtenir un changement; et par voie de conséquence, que seuls ceux qui ont été élus à l’issue de ce processus soient habilités à l’incarner5.

Mais quelle sont les chances pour un mouvement révolutionnaire6 de prendre le pouvoir par les élections?
A vrai dire, elles sont infinitésimales.

En effet, le capitalisme a fait, avec le débat politique, ce qu’il fait le mieux, il l’a transformé en marché.
Les différentes “offres” politiques se retrouvant donc en concurrence pour le marché des voix. L’accession au pouvoir, c’est-à-dire à une position dominante sur le marché, se fait donc suivant les règles classiques du capitalisme: publicité pour son “produit”, adaptation de l’offre à la “demande”, joint-ventures (alliances) et fusions-acquisitions, etc.

Publicité: elle oblige les partis révolutionnaires à se soumettre aux règles du jeu des médias dominants7 pour obtenir une plus grande visibilité et donc, souvent, à édulcorer le message révolutionnaire. On a ainsi pu voir des militants communistes révolutionnaires se produire dans une émission de variétés, ou dans une émission de “débats” politiques8

Adaptation à la “demande”: il faut d’abord noter que la demande n’est pas nécessairement9 celle du consommateur (de l’électeur donc).Votez Staline Elle est généralement formatée par la publicité et donc par les détenteurs du capital. Par conséquent, le message politique a perdu de sa radicalité au fur et à mesure que la “demande” s’est déplacé vers la droite. On peut voir le chemin parcouru par le Parti Socialiste français entre la phrase de Mitterrand en 1971, «La Révolution, c’est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas cette rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là ne peut pas être adhérent du Parti socialiste.»10 et celle de Ségolène Royal en 2007, «Il faut développer les pôles de compétitivité. Enfin, il faut investir massivement dans l’innovation et dans la recherche. Nous avons la capacité de relever tous ces défis, de réconcilier les Français avec les entreprises, de développer l’esprit de conquête et celui d’entreprendre.»11. De même, en Belgique, on peut mesurer l’écart entre la déclaration des principes fondamentaux d’Ecolo de 198512 et le soutien au Traité Constitutionnel Européen13 vingt ans plus tard.
Par ailleurs, l’adaptation à la “demande” se fait également en intégrant dans leur “produit” des éléments qui semblent faire le succès de la “concurrence”, les partis dominants reprenant à leur compte des thématiques sécuritaires, xénophobes, voire sociales14.

Alliances: leur but est évident, il s’agit de s’associer avec un ou plusieurs concurrents en vue d’obtenir (ou de conserver) une position dominante sur le marché. Elles sont quasiment nécessaires pour parvenir au pouvoir, ce qui permet au système de se garantir contre des changements trop radicaux.

Et si, malgré tout, une coalition à tendance révolutionnaire parvenait au pouvoir par les urnes, le capital a montré qu’il était prêt, soit à négocier avec le nouveau pouvoir en faisant quelques concessions de manière à préserver l’essentiel du cadre capitaliste15, soit à recourir à des méthodes plus drastiques comme le coup d’Etat16.

Bref, jamais la révolution, c’est-à-dire la renversement de l’ordre capitaliste, n’a réussi au travers d’élections.

Affiche Mai 68

On ne peut pas gagner en jouant avec les règles de son ennemi.

Et pour un article particulièrement long, deux morceaux de musique:


Les Wampas – Liste de droite


Radiohead – Electioneering

  1. capitaliste donc []
  2. Le terme démocratique est évidemment frauduleux dans le sens où ce n’est pas le peuple qui choisit ses candidats. []
  3. Qui deviennent progressivement les leurs aussi. []
  4. rappelons-nous par exemple du mouvement de colère dans les banlieues françaises en 2005 qui a donné lieu à une très forte répression d’une part et à une grande campagne pour inciter les jeunes à voter d’autre part. Avec les résultats qu’on sait… []
  5. On se souviendra de l’argument avancé par la droite au pouvoir en France pour légitimer l’adoption du bouclier fiscal: la mesure était dans le programme de Nicolas Sarkozy, il a été élu, la majorité des Français sont donc favorables à cette mesure. []
  6. et par là j’entends un mouvement qui vise à renverser l’ordre pyramidal de la société, ce qui en exclus les groupes réactionnaires. []
  7. donc capitalistes []
  8. notons que le format de ces émissions ne permet généralement pas l’expression sereine des idées de fonds. []
  9. loin s’en faut []
  10. cité par Serge Halimi dans le Monde Diplomatique, Mai 2009. []
  11. chat sur le site des Echos. []
  12. Parmi ceux-ci, on notera avec intérêt la place de l’antiproductivisme, la lutte contre la mondialisation, la lutte contre l’automobile et la prolifération nucléaire, le fédéralisme intégral, l’autogestion, … []
  13. Traité dont l’un des points principaux visait à l’instauration d’une concurrence libre et non-faussée sur le territoire de l’Union. []
  14. par exemple, la “fracture sociale” du candidat Chirac, ou le “président du pouvoir d’achat” du candidat Sarkozy. []
  15. Ce fut par exemple le cas du Front Populaire en 1936. Il faut noter que l’une des premières actions de ce gouvernement fut de mettre un terme au climat quasi insurrectionnel qui régnait, prouvant déjà que les gouvernement appartiennent avant tout au parti de l’ordre. []
  16. Par exemple en Espagne en 1936 ou en Grèce en 1967. []

28 Responses to Pour ne rien changer: votez! »»


Comments

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  1. Comment by Le Monolecte | Quintidi Décade I Prairial An CCXVII at 20:39:17

    Excellent : texte de référence pour ma part. Tu devrais balancer un exemplaire sur Agoravox ou ailleurs, pour l’édification des masses. Je suis verte, tu es arrivé directement là où je me rendais en tatonnant sur ma quête de la démocratie.
    Chapeau bas!

  2. comment_type != "trackback" && $comment->comment_type != "pingback" && !ereg("", $comment->comment_content) && !ereg("", $comment->comment_content)) { ?>
  3. Comment by oise | Quintidi Décade I Prairial An CCXVII at 21:17:08

    Tout à fait d’accord avec le Monolecte : tu nous offres là un excellent texte de synthèse. Yeah !

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  5. Comment by Un Homme | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 00:10:11

    Le Monolecte: waw! Merci, merci! :) Je ne suis pas familier avec Agoravox; mais n’hésite pas à diffuser le texte si tu le trouves digne d’intérêt. :)
    oise: ça va, ça va n’en jetez plus… ;)

    Sinon, j’aurais encore bien voulu parler du cas du référendum sur le TCE qui est assez exemplaire; ou encore sur la manière dont les médias “formatent” l’offre politique. Je pense en particulier, à cette réflexion de Chirac lors de la campagne de 2002 qui tournait autour de la sécurité et où, à la question de savoir pourquoi il en parlait autant, il a répondu que, comme tout le monde, il regardait les informations à la télévision et constatait que c’était un problème qui préoccupait les français…

    Bref, il y a encore beaucoup à dire sur la question je pense…

  6. comment_type != "trackback" && $comment->comment_type != "pingback" && !ereg("", $comment->comment_content) && !ereg("", $comment->comment_content)) { ?>
  7. Comment by Qui©he | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 03:43:13

    Ah ouais quand même…

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  9. Comment by thitho | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 05:03:20

    Il serait intéressant de comparer, en effet, les programmes de chaque parti, pour y voir si, majoritaire, il concorde entièrement, partiellement ou pas du tout, avec les obligations des traités européens et de l’OMC, les engagements de l’OTAN, les principes de l’OCDE, enzovoort…

    Travail ardu… Pas de mon ressort…

    Mais suis fatigué d’entendre certains gusses rejeter la faute sur les instances internationales quand ils ne font aucun effort pour les réformer ou, mieux, en sortir…

  10. comment_type != "trackback" && $comment->comment_type != "pingback" && !ereg("", $comment->comment_content) && !ereg("", $comment->comment_content)) { ?>
  11. Comment by Le Monolecte | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 08:43:40

    Diffuse autant que tu peux et n’hésite pas à sortir un nouveau papier pour creuser les questions qui te semblent encore en suspend.

  12. comment_type != "trackback" && $comment->comment_type != "pingback" && !ereg("", $comment->comment_content) && !ereg("", $comment->comment_content)) { ?>
  13. Comment by Pascal | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 11:06:45

    “jamais la révolution [..] n’a réussi au travers d’élections”

    et encore, il reste à prouver que la révolution (prolétarienne, réactionnaire ou autres) ne soit pas non plus qu’un moyen pour une minorité de prendre la place d’une autre en haut de la pyramide avec les mêmes moyens (publicité, adaptation à la “demande”, alliances)…

    en fait est-ce que cette description ne s’applique pas à toute structure qui prétendrait gérer un groupe de gens assez important?
    (je n’y connais rien en politique… mais est-ce que je ne suis pas en train de ré-inventer l’anarchie?)

    même une dictature… sauf que sa publicité va être négative (“tu bouges, t’es mort!”), son adaptation à la demande va consister à viser les forces existantes pour les détruire, et ses alliances, ses nécessaires relais dans la population (ex. église) qui vont réduire la probabilité de soulèvement surprise.

  14. comment_type != "trackback" && $comment->comment_type != "pingback" && !ereg("", $comment->comment_content) && !ereg("", $comment->comment_content)) { ?>
  15. Comment by lilu | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 12:54:55

    Oui mais vous proposez quoi à la place ?
    Voter n’est peut-être pas la panacée mais ne pas voter est encore pire, car cela laisse le champ libre à l’UMP, dont les adhérents vont voter, eux !

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  17. Comment by Croa | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 13:33:55

    Ne pas voter est aussi un bon moyen de ne rien changer !

    Voter reste au moins un moyen d’expression, quoique limité, plus cri que parole certes !

    Les européennes qui arrivent, emblématiques au niveau de leur inutilité nous offrent cependant une large palette de cris possibles.

    De plus je crois qu’on peut faire ainsi preuve de maturité, gogos certes, mais conscients de l’être :

    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/europe-sortez-de-l-enfance-56210

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  19. Comment by Julien Uh | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 17:49:53

    Ca tombe à pic, tiens cet article. Je suis en train d’écrire sur la dérive de l’argument éthique qui bouffe tout autre débat en Belgique francophone. Publié en fin de soirée, si tout va bien

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  21. Comment by Un Homme | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 19:23:27

    Pascal: bien observé :) C’est pour cela que j’ai précisé que pour moi un mouvement révolutionnaire consistait à renverser l’ordre pyramidal de la société capitaliste.
    Remplacer une minorité au pouvoir par une autre est simplement un coup d’Etat et non une révolution. Par ailleurs, le capitalisme n’est pas nécessairement privé, il peut également être d’Etat (et le camarade thitho vous en parlerait certainement mieux que moi ;).

    lilu & Croa: ne pas voter ne signifie pas se croiser les bras. La lutte peut prendre de multiples formes (grèves, manifestations, lutte armée, sit-in, auto-réduction, concerts improvisés, …). Déjà, simplement parler autour de soi, (se) poser des questions, créer des réseaux, des journaux, bref, créer du “lien contre la profitation” (comme on dit en Guadeloupe ;) est déjà un bon début.

    Quant à ceux qui craignent de laisser l’appareil d’Etat aux mains de la droite, de quoi s’inquiètent-ils? Elle lui appartient déjà. Il est aussi bon de se rappeler que c’est par la pression populaire que l’on obtient des résultats, pensons aux exemples récents de la Guadeloupe ou encore au mouvement contre le CPE.

    Quant à utiliser l’élection comme un moyen d’expression, oui, j’y ai cru aussi… Mais pourquoi devoir attendre tous les 4 ou 5 ans pour s’exprimer?
    Ils ne veulent pas nous donner la parole? Prenons-la!

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  23. Comment by yea, yea what a yea ! | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 03:27:41

    Bonjour,
    Texte assez clair sur la postition de nombreux francais.
    Je me permet quelques remarques:

    |”Quant à utiliser l’élection comme un moyen d’expression, oui, j’y ai cru aussi… Mais pourquoi devoir attendre tous les 4 ou 5 ans pour |s’exprimer?”

    Effectivement, les élections ne sont pas un moyen d’expression démocratique a meme d’apporter les changements qu’attendent de nombreux francais. Il faut, si l’on est révolté contre se systeme, se révolter chaque jours, s’informer, militer et ne pas attendre les élections.

    Mais les elections reste un moyen d’expression, si faible soit-il et bien entendu pas exclusif ni suffisant.
    Je trouve donc dommage de refuser de s’eprimer lorsque l’on a un avis si tranché et refléchi: et si un parti anti-capitaliste avait autant de voies que l’ump?

    |le “renversement de l’ordre capitaliste, n’a [jamais] réussi au travers d’élections.”

    Il y a sujet a polémique, mais les récentes expériences latino-américaines peuvent contredire ce propos…

    Et malgres ces propos qui se veulent critiques, je t’approuve, la lutte c’est chaque jour( et il est grand temps):
    s’informer, informer, s’organiser, lutter.

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  25. Comment by damien | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 10:33:56

    Très bonne synthèse!! à faire lire à ceux qui votent ;-)

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  27. Comment by cultive ton jardin | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 11:08:15

    “Ne pas voter est aussi un bon moyen de ne rien changer !” (croa, IX)

    Chouette alors, comme ça on a le choix!

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  29. Comment by Gilles | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 12:26:22

    Cher camarade ;-),

    je suis entièrement d’accord avec ton texte. Le terrain de la lutte n’est pas celui des élections, et une révolution par les urnes me semble bien chimérique (d’ailleurs, je pense qu’on pourrait interpréter les cas vénézuéliens et boliviens comme des compromis avec le capitalisme ou des capitalismes d’Etat en voie de formation). Cela dit, je pense qu’il y a une impasse dans ta réflexion comme dans celle de beaucoup d’abstentionnistes convaincus: primo, à part la lutte armée, je constate que le système permet (encore, et avec quelques réserves de taille certes…) pas mal de choses: grèves, manifs, squats, coopératives, sit-ins, concerts improvisés…

    Je n’ai donc pas de problème à dire que le capitalisme, puisque ses dirigeants doivent lui accorder une légitimité, est obligé de laisser des espaces à la contestation pour pouvoir encore prétendre être une “démocratie”. Au final, comme le droit de grève, le droit de vote est le résultat de luttes sociales. Comme le droit de grève, le droit de vote peut déranger (un peu) le système (Allende, Chavez, Morales encore…).

    Mais le problème, c’est que les élections sont un moment important pour la population puisqu’elle y est plus attentive aux questions politiques qu’en période non-électorale (période de lutte sociales intenses exceptées évidemment). Donc les élections permettent de faire passer des idées, des messages, avec un meilleur écho qu’à l’accoutumée. Principalement si on s’y présente! Un révolutionnaire ne pourrait pas laisser passer cette occasion par purisme doctrinaire.

    Ensuite, malgré le rôle faible, bien plus en tout cas que ce que la théorie libérale et l’idéologie nous affirment, le Parlement reste un leiu de pouvoir. Cela veut dire que les élus reçoivent des informations importantes, et assez vite (entre le projet et le vote d’une contre-réforme il peut se passer plusieurs mois facilement). Encore une fois, on ne peut pas, si l’on souhaite réellement changer le monde, décider délibérément qu’on va se priver d’avoir une source de cette qualité pour informer la population et préparer les luttes. Enfin, un élu au parlement, anticapitaliste (on peut dicuter de ce que cela veut dire), peut utiliser celui-ci comme tribune et perturber le jeu parlementaire des partis de l’ordre (on peut aussi discuter de qui on met dedans).

    Bref, les élections ne changeront pas la vie des classes dominées et exploitées, mais ce serait une erreur de ne pas exploiter les contradictions du capitalisme et les acquis des luttes précédentes pour le renverser. Parce qu’alors, les autres formes de lutte mentionnées peuvent aussi bien représenter des formes de légitimation du système, ce qui, à mon avis, constitue un pur contresens.

    Qu’en penses-tu?

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  31. Comment by Gilles | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 16:01:04

    J’ai oublié un point relativement important: l’abstention, les capitalistes n’en ont rien à cirer. Les USA et la Grande-Bretagne, ainsi que les pays de l’Est de l’Europe, connaissent tous une très forte abstention. Est-il besoin de rappeler l’état du rapport de forces entre capitalistes et travailleurs dans ces pays?Sans parler de la conscience des travailleurs et de la jeunesse…En résumé, l’abstention est selon moi une réponse erronée (se retirer du champ électoral par pureté) à un constat tout à fait valable (les élections sont une des façons pour le système d’assurer une certaine stabilité).

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  33. Comment by Julien Uh | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 17:20:30

    mmmh Gilles
    – Non le système ne permet ou ne tolère pas : il réprime dès qu’un mouvement prend de la consistance.
    – ce qui dérange chez chavez, morales ou allende, ce n’est pas tant leur élection que leur assise populaire (laquelle les a portés au pouvoir tandis que l’élection n’était finalement qu’un processus de légitimation) qui leur permet de mener des politiques plus dérangeantes. L’élection de Chavez, par exemple, aurait, sans assise populaire, amené la réussite du coup d’état de l’oligarchie locale en 2002
    – je pense que la population est en permanence attentive à la politique mais qu’elle l’exprime différemment hors période électorale. Il ne s’agirait pas que tu résumes la politique aux programmes des partis et aux communications médiatiques sur ce “grand moment”. Quant à “l’information”, le journal Solidaire, diffusé chaque semaine, (pour prendre l’exemple du PTB) est sans aucun doute plus efficace dans le soutien des luttes que leur spot de campagne et leurs 1,3%.
    – en ce qui concerne les élus, je constate déjà que je les vois mal déranger l’ordre établi par leurs discours. A cet égard, je renvoie à la scène du film “Le Président” de Henri Verneuil, où le président du Conseil français se permet une ultime harangue sur la collusion des intérêts entre monde patronal et députés, ces derniers occupant tous un mandat lié à la finance ou à l’industrie. Le film date de… 1961. Si ce n’est le scandale dans l’hémicycle, cela ne généra pas de profonds bouleversements). Pour prendre un autre exemple empirique, le discours anticapitaliste se conforme très vite au pouvoir pour des raisons tactiques qui échappent à tout le monde. Ainsi, la tête de liste PC pour Liège s’est-elle déjà prononcée en faveur du plan Marshall. Incompréhensible pour un communiste.
    – grosso modo, je ne partage donc pas cette idée que les élections sont une tribune ou une occasion d’informer “immanquable”. Si ce n’était que ça, ce ne serait pas trop grave. Mais cette occasion d’informer entre dans le jeu de l’intérêt des élections elles-mêmes, alors qu’elles ne sont qu’illusion. Jamais, dans le contexte actuel, les mandataires élus ne démissionneraient pour déclarer par exemple la grève générale. Bien au contraire, ils restent dans le cadre et encouragent ainsi tous leurs électeurs à faire de même.

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  35. Comment by Gilles | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 10:36:13

    Allez, une dernière petite réponse:

    – le système réprime tout mouvement social consistant. Ok. Le système a aussi réprimé Allende, Chavez et les Républicains espagnols, par exemple.

    – d’accord avec toi sur le point 2. Mais une victoire électorale peut parfois donner du courage aux luttes aussi (Front populaire en 1936, poussé dans le dos par une grève générale), bien qu’historiquement l’inverse s’est plus souvent produit (raz-de-marée de droite en 1968 par exemple).

    – la population n’est pas en permanence attentive à la politique (au sens large, càd la lutte pour le pouvoir entre des intérêts et des visions contradictoires sur la gestion de la cité) de la même manière et avec la même intensité. Le journal solidaire ne s’arrête pas de paraître au début de la campagne électorale, que je sache.

    – je pense que si la CGT a créé un organe de surveillance de l’infiltration du NPA en son sein, c’est que le discours et l’action du NPA qui pousse à la grève générale dérangent. Si Vandenbroucke appelle à voter SPA et pas PTB, c’est un signe. La tribune offerte par des élus ouvre un accès plus grand aux médias, mais peut-être faut-il aussi ne pas apparaître dans les médias (dominants) puisqu’ils légitiment le système. Le PC n’est pas la seule force à gauche de la gauche, les trotskystes gardent un discours cohérent depuis 30 ans par rapport à la révolution, au capitalisme, à la grève générale, etc. Il n’y a donc pas de fatalité du “compromis”.

    – ce ne sont pas 2 ou 3 élus qui démissionnent qui pourront lancer la grève générale. Personne ne les suivrait. Une grève générale est plutôt déclenchée par les syndicats à condition notamment que la pression de la base soit suffisamment forte. Les élus de gauche anticapitaliste doivent bénéficier d’un salaire moyen (pour rester au niveau de vie de ceux qu’ils défendent) et aller encourager les luttes où elles se font. Il me semble qu’ici en Belgique, le PTB, la LCR ou le PSL agissent de la sorte. Ils encouragent les luttes et encouragent leurs électeurs à lutter.

    Ma conclusion reste la même que pour mon précédent message. :-)

    CQFD?

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  37. Comment by Un Homme | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 10:39:21

    Quelques mots pour compléter la réponse du camarade Julien :)

    Sur l’Amérique latine:
    Si ce qui s’y passe est très intéressant et mérite qu’on y prête attention, on ne peut pas parler de révolution à mon sens puisque la structure de base du système (capitalisme) persiste (pour l’instant).
    On est dans ce que j’appellais la phase de négociations et de concessions de la part du capital. Et encore, la bourgeoisie locale a montré qu’elle était loin d’être prête à se soumettre (tentative de coup d’Etat au Vénézuela, menace de sécession en Bolivie). Le rapport de force lui est actuellement défavorable; mais que se passerait-il si le mouvement populaire actuel perdait de sa force?

    Pour revenir sous nos latitudes, croire qu’un parti anticapitaliste parviendrait à faire jeu égal avec les partis “traditionnels”, c’est oublier la capacité de ces derniers de phagocyter l’électorat de ces “petits” partis. Il suffit de regarder, à droite, la manière dont Sarkozy, en reprenant de gros morceaux du programme du FN, a siphoné l’électorat frontiste, ou bien à gauche, la manière dont le parti socialiste a récupéré une bonne partie de l’électorat communiste avec le programme commun dans les années 70 (à une époque où le candidat communiste faisait encore dans les 20%).

    N’oublions pas non plus la capacité du système à séduire et corrompre ses opposants, de Cohn-Bendit aux anciens de la Gauche Prolétarienne, combien soutiennent aujourd’hui ce système qu’ils combattaient naguère?

    Enfin, concernant l’abstentionnisme, si le système ne le craignait pas un tant soi peu, comment expliquer ces campagnes contre l’abstention, ou comme je le mentionnais, celles poussant les jeunes des banlieues à s’inscrire sur les listes électorales. Comment comprendre aussi que dans certains pays, face à des élections visiblement truquées, certains partis d’opposition en appellent à leur boycott? Les notres ne sont-elles pas systémiquement biaisées?

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  39. Comment by vinalia | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 16:29:47

    Moi en tous cas je vote pas pour des gens qui répondent pas à mes mails ! :p :p

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  41. Comment by La Dilettante | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 19:49:41

    Très bonne analyse.
    Ton texte est déjà indexé sur http://www.rezo.net.
    Tu devrais le proposer à des canards du style Fakir ou Plan B. Excellent vraiment.

  42. comment_type != "trackback" && $comment->comment_type != "pingback" && !ereg("", $comment->comment_content) && !ereg("", $comment->comment_content)) { ?>
  43. Comment by Monsieur Y | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 20:29:17

    Comme disaient les Schtroumpfs : “Moi, je vote pour moi !” :P

  44. comment_type != "trackback" && $comment->comment_type != "pingback" && !ereg("", $comment->comment_content) && !ereg("", $comment->comment_content)) { ?>
  45. Comment by Gilles | Décadi Décade I Prairial An CCXVII at 15:59:06

    Pour répondre à ta réponse et clôturer le débat (momentanément):

    – On peut interpréter ce qui se passe en Amérique Latine comme tu le fais. Je suis d’accord que dans tous les cas c’est la force des mouvements sociaux qui permet ou pas de réellement bousculer le capital. Le problème n’est pas là. Plusieurs partis de la gauche radicale (NPA et LO, LCR et PSL) expliquent d’ailleurs que seule la grève générale prolongée et des luttes sociales permettent de s’attaquer au capital.Cela ne les empêche pas de défendre leur programme et les luttes sur le champ électoral.

    – Sur la phagocytation de l’électorat: je ne suis pas d’accord. L’exemple de Mitterand existe, mais en Italie ou en Belgique les communistes plus ou moins stals ont vu leur influence diminuer sans phénomène analogue, les italiens s’auto-détruisant d’ailleurs en 3 parties. Tu généralises donc un peu trop me semble-t-il. Actuellement, l’ancien électorat communiste n’est pas au PS mais au FN ou…dans l’abstention. Supeeeeeeer…

    – La GP et Cohn-Bendit étaient de farouches abstentionnistes convaincus si je ne m’abuse…des grands gauchistes d’hier devenus agents du capitalisme réactionnaire. :-)

    – Comment expliquer que les médias s’attachent tant à vider les élections de leur (faible) potentiel subversif en ne parlant pas des programmes, des bilans et des graves problèmes d’inégalités et d’exploitation des humains et de la nature? Comment expliquer que les “campagnes” contre l’abstention soient menées avec aussi peu d’acharnement dans les pays de l’Est, aux USA, etc.?
    Comment expliquer que ce sont les pauvres et les faiblement qualifiés qui votent le moins (et pas les militants anars qui sont encore bien moins nombreux que les communistes) et que ce sont des associations et des groupes de gauche qui tentent de mobiliser notamment les banlieues? tout simplement parce que l’abstention des classes populaires est corrélative de l’aggravation des inégalités.Et c’est loin d’être anodin. La conscience de classe, la politisation des masses s’affaiblit: l’abstention n’est donc pas du tout un phénomène positif. Elle est un indicateur d’un rapport de forces défavorable.

    – Encore une fois tu compares des pommes et des poires: si les bourgeoisies locales de pays pauvres soumis à une dictature boycottent des élections, c’est parce que c’est pour elles un moyen de délégitimer le système aux yeux de nos bourgeoisies occidentales (qui peuvent choisir que ces bourgesoisies du tiers-monde sont aptes à gérer les intérêts multinationales, comme en Afrique du Sud, en Corée du sud, Indonésie, ou en Amérique Latine à des époques différentes), parce que le trucage consiste à bourrer les urnes ou à interdire à une série de candidats de se présenter par exemple. Les critères libéraux/bourgeois ne sont donc pas respectés. Dans ces pays, des élections “libres” au sens libéral représentent un progrès, comme ce fut le cas chez nous.

    La sécurité sociale est un puissant stabilisateur du système capitaliste, qui empêche la révolte des masses: faut-il ne pas se battre pour la Sécu? C’est pareil pour les élections.

    – Ma conclusion reste toujours la même:

    L’illusion électorale et l’illusion abstentionniste sont les deux faces d’une même médaille.Croire que l’abstention et la non-participation aux élections possèdent un caractère subversif (en dehors de ceux qui revendiquent leur abstentionnisme, càd 0.1% de la population), c’est autant erronné que de croire à la chimère de la “révolution électorale” (de fait impossible puisque c’est nécessairement par la grève et la reprise démocratique des entreprises au’on s’attaque réellement aus sytème).

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  47. Comment by thitho | Primidi Décade II Prairial An CCXVII at 03:11:10

    Vive l’abstinence!

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  49. Jef
    Comment by Jef | Primidi Décade II Prairial An CCXVII at 03:38:00

    oui, mais tout ça, on sait bien! à quoi ça sert de toujours, à chaque élection, ressortir les mêmes réfléxions désabusées, dégoûtés, écoeurées, ressasser les mêmes analyses acides mais lucides? à rien si ce n’est pour les novices.
    Ce qui compte, c’est de porter le débat, d’entamer la réflexion avec d’autres, d’échanger, d’ouvrir la discuss avec des proches pas forcément a priori de son bord, parce que le pire, c’est que chacun reste dans son coin, son clan, sa famille en s’auto-gargarisant de sa voie. Bref, si on ne remue pas… à sa façon, selon ses possibilités, faut pas s’étonner ensuite que ça patine.Voter, pas voter, en fait si, voter, pour notre moins pire mais sans en être dupe.
    Et puis la haine a si vite fait de s’installer chez les frustrés qu’il vaut mieux dès le départ ne pas l’utiiliser, tout en affirmant ses choix.

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  51. Comment by etienne | Duodi Décade II Prairial An CCXVII at 02:01:08

    “Pour ne rien changer: votez!”…et si c’était faux?

    Beaucoup de choses justes et finement comprises à propos de la critique des démocraties représentatives contemporaines dans ce papier, à l’exception peut-être de l’argument principal.

    Je cite:

    “Et si, malgré tout, une coalition à tendance révolutionnaire parvenait au pouvoir par les urnes, le capital a montré qu’il était prêt, soit à négocier avec le nouveau pouvoir en faisant quelques concessions de manière à préserver l’essentiel du cadre capitaliste15, soit à recourir à des méthodes plus drastiques comme le coup d’Etat16.”

    Le premier scénario mérite qu’on s’y attarde un peu plus. Il faudrait peut-être considérer deux secondes quelles “concessions” un capitalisme acculé de cette façon serait contraint à négocier: les conquêtes sociales les plus importantes en France et dans d’autres pays ont eu lieu dans de tels contextes. N’oublions jamais que la menace révolutionnaire est un instrument au moins aussi puissant et certainement moins hasardeux qu’une hypothétique révolution, dont, par définition, personne ne sait vraiment quelle forme elle pourrait prendre aujourd’hui: la bourgeoisie capitaliste n’a jamais lâché autant de choses que quand elle s’est sentie réellement en danger. Bien sûr, on peut toujours ratiociner indéfiniment sur ce que peut être “l’essentiel du cadre capitaliste”…mais entre un capitalisme ouvertement débridé et l’abolition de la propriété privée, il existe de nombreux scénarii parmi lesquels celui d’un capitalisme sévèrement corseté est parfaitement plausible.

    Le second scénario, celui du coup d’Etat, franchement détestable et peu plausible en l’état actuel des choses, ne remet toutefois absolument pas en cause l’effet catalyseur de l’accès d’un parti révolutionnaire au pouvoir par les élections: un révolutionnaire patenté dirait au contraire que cela ne ferait qu’accélérer la dynamique insurrectionnelle, pour le meilleur ou pour le pire tout comme l’avait fait l’avènement des Républicains au pouvoir en 1936 en Espagne. On sait hélas comment cela a tourné. Il n’empêche qu’il est pour le moins paradoxal, pour ne pas dire tordu, d’invoquer la menace putchiste pour défendre la thèse de l’inutilité du vote démocratique dans un Etat de droit comme le nôtre.

    Dans les deux cas, ce paragraphe montre bien la fragilité du texte, en tout cas la réversibilité de son argument principal: “Pour tout changer: votez!”.

    Ce paragraphe montre aussi que la question des relations entre le capitalisme et les institutions politiques est plus complexe qu’il n’y paraît: le capitalisme s’accorde aussi bien, selon les contextes historiques et politiques, des régimes à élections “démocratiques” que des formes autocratiques de pouvoir, voire totalitaires, comme le montre l’exemple de la Chine aujourd’hui, ou comme l’ont montré les régimes nazis et fascistes en Europe des années 1930-45. En revanche des progrès sociaux majeurs – sans parler de révolution ou de renversement du mode de production capitaliste – on pu être historiquement le fruit d’élection libres, rarement certes, je pense notamment au Front Populaire en 1936.

    D’où l’ambiguïté de la dernière phrase: “On ne peut pas gagner en jouant avec les règles de son ennemi.” Car si l’on considère le capitalisme en soi comme l’ennemi, il est évident que le processus électoral des démocraties contemporaines n’a aucune chance de porter au pouvoir une force promouvant le propre renversement de ces dernières: la révolution semble alors la seule issue envisageable…
    Mais si l’on considère le libéralisme dans sa verrsion “néo”, c’est-à-dire la promotion d’un capitalisme absolument sans frein, dont la logique s’étend à tous les domaines de la vie, y compris à l’intérieur de la sphère publique – comme c’est le cas aujourd’hui – comme l’ennemi véritable, là les choses se compliquent: car les promoteurs du néo-libéralisme, même s’ils ne le disent pas trop fort, sont des ennemis déclarés de la notion même de “souveraineté populaire”.

    Toute la difficulté consiste à désigner pertinemment “l’ennemi”, ce qui implique de bien comprendre que nous ne vivons pas dans le même monde que celui du vivant de K. Marx et F. Engels lorsqu’ils ont écrit le “Manifeste”. En effet, ce qui nous menace directement aujourd’hui n’est pas tant le capitalisme en tant que tel, qui a connu des formes et des fortunes très diverses au cours de son histoire – et dont personne d’un peu honnête et sérieux ne sait vraiment comment sortir complètement aujourd’hui -, qu’une forme contemporaine de “totalitarisme de marché”, associant libéralisation généralisée de l’économie, transformation complète des citoyens en télé-consommateurs, et répression policière et pénale systématique.
    Or les artisans de ce nouveau régime – dont les participants au forum de Davos, tout comme les principaux acteurs des institutions européennes, sont l’incarnation même – ont peur de la démocratie, même dans sa forme représentative et bourgeoise, car ils savent très bien que le peuple ne peut soutenir durablement un régime qui accroît systématiquement ses souffrances et détériore sans cesse ses conditions pratiques d’existence: la structure technocratique et profondément a-démocratique de l’Union Européenne est très révélatrice de cette dérive oligarchique.

    On peut donc a contrario considérer que les règles de l’ennemi sont non pas celle de la démocratie, mais en réalité celles du déni de la démocratie, comme l’ont montré les réactions qui ont suivi le non des français au référendum de 2005 et la façon indigne dont le traité de Lisbonne a été adopté. Il n’est donc pas forcément stratégiquement judicieux de rejeter a priori la démocratie représentative, même dans ses formes contemporaines les plus perverties, comme étant forcément une voie intertisant tout changement politique majeur, bien au contraire.

    Par conséquent, s’il est bien sûr absolument naïf de tout attendre d’un scrutin électoral – et particulièrement celui du 7 juin pour un Parlement “croupion”- il n’est pas exclu qu’un jour l’oligarchie actuellement au pouvoir dans la plupart des démocraties occidentales se fasse purement et simplement sortir par les urnes, sans autre forme de procès, et sans que personne ne s’y attende vraiment…

    Car la crise économique actuelle, si elle se prolonge suffisamment, peut faire naître des changements radicaux qu’il était encore impossible d’envisager il y a deux ans, et ceci y compris au sortir d’élections démocratiques traditionnelles.

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  53. Comment by Un Homme | Tridi Décade II Prairial An CCXVII at 14:53:12

    Petit message en passant pour signaler que j’ai mis une version un peu modifiée de cet article sur la page suivante:
    http://un.homme.a.poilsurle.net/?page_id=626

    Sinon, je remercie etienne pour son très long commentaire; mais je n’y répondrais pas car aménager l’injustice ou rendre les inégalités plus supportables n’est pas l’objectif final que je me fixe.

    Par ailleurs, je me réjouis de voir les réactions que suscitent ce billet, l’objet principal de ce site étant de faire naître la réflexion et le débat. Merci à toutes et tous.

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  55. Comment by thitho | Décadi Décade II Prairial An CCXVII at 17:25:13

    Je ne voudrais pas que l’on reste sur le commentaire d’Etienne pour autant. Si sa réflexion paraît poussée, elle reste superficielle. Et d’ailleurs contradictoire. Les conquêtes sociales auquel il estime que le capitalisme s’est résigné (je cite: “quelles “concessions” un capitalisme acculé de cette façon serait contraint à négocier: les conquêtes sociales les plus importantes en France et dans d’autres pays ont eu lieu dans de tels contextes.”) sont extrêmement partielles en réalité. Elles n’ont concerné qu’une infime partie de la population mondiale et si le capitalisme les a concédées, c’est tout d’abord parce que cela lui permettait d’accroître le marché de la consommation, tout en continuant à exploiter de la même manière la plus grande partie de la population, principalement des colonies, mais pas seulement.

    En outre, Etienne note bien que la menace de la révolution a pu être un facteur décisif de réformes à l’époque. Bien que je ne considère pas nécessairement cette menace comme premier (le premier argument ci-dessus est bien plus important), il faut noter que le contexte aujourd’hui, avec la “mort du socialisme réel” (qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre), est totalement différent. Les “négociations” sont aujourd’hui purement défensives et consistent à freiner, et non empêcher, le détricotage de l'”État providence” (du ventre).

    En réalité, les politiques ne sont que les représentants de cette lente descente aux enfers qu’ils défendent sous des formes différentes avec, globalement, à l’esprit “Après moi, les mouches.”

    Leurs discours sont creux, car vidés de toute substance idéologique réelle. Dès qu’un parti extrémiste qui cherche à sortir d’un dialogue possible autour de ce seul détricotage, il est accablé de qualificatifs disqualifiants. De toute manière, les seuls de ces partis qui cherchent effectivement à sortir de cette logique (comme le NPA ou les coalitions d’extrême-gauche qui se multiplient ces derniers temps) refusent le compromis; les Partis travaillistes et sociaux-démocrates ne savent donc rien en faire d’autre, sinon leur envoyer un Mélenchon pour tenter de rattraper la sauce. Sans succès, évidemment.

    Le scénario du coup d’état n’est pas totalement irréaliste. Il suffit d’observer ce qui arrive dans mon pas d’adoption, où des gouvernements d’État cherchant à effectivement retourner le cours des choses capitalistes, même de manière modérée, sont tout simplement renversés par… la voie judiciaire. Les recours tous plus surréalistes les uns que les autres sont multipliés, et le gouvernant voté se retrouve “cassé” (cassado). Il faut naturellement pour cela la complicité du pouvoir judiciaire, de l’État fédéral et, en dernier recours, de l’armée. Si l’un devait faire défaut, les deux autres sont toujours là.

    Si le coup d’État ne semble pas d’actualité dans les formes type Allende-Pinochet, c’est surtout qu’il n’est pas besoin d’aller jusque là: les “formes démocratiques” suffisent…

    Non, voter, malheureusement, ne sert pas à changer les choses.

    C’est sur le troisième tour social qu’il faut se concentrer… Ne perdez plus ni énergie, ni temps à la guéguerre médiatique: elle est perdue d’avance. C’est dans la rue que l’espoir peut naître. Pour cela, Etienne, il faut s’en convaincre. Sinon, ton discours devient carrément une menace pour le progrès social.


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  1. Comment by Le Monolecte | Quintidi Décade I Prairial An CCXVII at 20:39:17

    Excellent : texte de référence pour ma part. Tu devrais balancer un exemplaire sur Agoravox ou ailleurs, pour l’édification des masses. Je suis verte, tu es arrivé directement là où je me rendais en tatonnant sur ma quête de la démocratie.
    Chapeau bas!

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    1. Comment by oise | Quintidi Décade I Prairial An CCXVII at 21:17:08

      Tout à fait d’accord avec le Monolecte : tu nous offres là un excellent texte de synthèse. Yeah !

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      1. Comment by Un Homme | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 00:10:11

        Le Monolecte: waw! Merci, merci! :) Je ne suis pas familier avec Agoravox; mais n’hésite pas à diffuser le texte si tu le trouves digne d’intérêt. :)
        oise: ça va, ça va n’en jetez plus… ;)

        Sinon, j’aurais encore bien voulu parler du cas du référendum sur le TCE qui est assez exemplaire; ou encore sur la manière dont les médias “formatent” l’offre politique. Je pense en particulier, à cette réflexion de Chirac lors de la campagne de 2002 qui tournait autour de la sécurité et où, à la question de savoir pourquoi il en parlait autant, il a répondu que, comme tout le monde, il regardait les informations à la télévision et constatait que c’était un problème qui préoccupait les français…

        Bref, il y a encore beaucoup à dire sur la question je pense…

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        1. Comment by Qui©he | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 03:43:13

          Ah ouais quand même…

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          1. Comment by thitho | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 05:03:20

            Il serait intéressant de comparer, en effet, les programmes de chaque parti, pour y voir si, majoritaire, il concorde entièrement, partiellement ou pas du tout, avec les obligations des traités européens et de l’OMC, les engagements de l’OTAN, les principes de l’OCDE, enzovoort…

            Travail ardu… Pas de mon ressort…

            Mais suis fatigué d’entendre certains gusses rejeter la faute sur les instances internationales quand ils ne font aucun effort pour les réformer ou, mieux, en sortir…

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            1. Comment by Le Monolecte | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 08:43:40

              Diffuse autant que tu peux et n’hésite pas à sortir un nouveau papier pour creuser les questions qui te semblent encore en suspend.

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              1. Comment by Pascal | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 11:06:45

                “jamais la révolution [..] n’a réussi au travers d’élections”

                et encore, il reste à prouver que la révolution (prolétarienne, réactionnaire ou autres) ne soit pas non plus qu’un moyen pour une minorité de prendre la place d’une autre en haut de la pyramide avec les mêmes moyens (publicité, adaptation à la “demande”, alliances)…

                en fait est-ce que cette description ne s’applique pas à toute structure qui prétendrait gérer un groupe de gens assez important?
                (je n’y connais rien en politique… mais est-ce que je ne suis pas en train de ré-inventer l’anarchie?)

                même une dictature… sauf que sa publicité va être négative (“tu bouges, t’es mort!”), son adaptation à la demande va consister à viser les forces existantes pour les détruire, et ses alliances, ses nécessaires relais dans la population (ex. église) qui vont réduire la probabilité de soulèvement surprise.

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                1. Comment by lilu | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 12:54:55

                  Oui mais vous proposez quoi à la place ?
                  Voter n’est peut-être pas la panacée mais ne pas voter est encore pire, car cela laisse le champ libre à l’UMP, dont les adhérents vont voter, eux !

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                  1. Comment by Croa | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 13:33:55

                    Ne pas voter est aussi un bon moyen de ne rien changer !

                    Voter reste au moins un moyen d’expression, quoique limité, plus cri que parole certes !

                    Les européennes qui arrivent, emblématiques au niveau de leur inutilité nous offrent cependant une large palette de cris possibles.

                    De plus je crois qu’on peut faire ainsi preuve de maturité, gogos certes, mais conscients de l’être :

                    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/europe-sortez-de-l-enfance-56210

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                    1. Comment by Julien Uh | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 17:49:53

                      Ca tombe à pic, tiens cet article. Je suis en train d’écrire sur la dérive de l’argument éthique qui bouffe tout autre débat en Belgique francophone. Publié en fin de soirée, si tout va bien

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                      1. Comment by Un Homme | Sextidi Décade I Prairial An CCXVII at 19:23:27

                        Pascal: bien observé :) C’est pour cela que j’ai précisé que pour moi un mouvement révolutionnaire consistait à renverser l’ordre pyramidal de la société capitaliste.
                        Remplacer une minorité au pouvoir par une autre est simplement un coup d’Etat et non une révolution. Par ailleurs, le capitalisme n’est pas nécessairement privé, il peut également être d’Etat (et le camarade thitho vous en parlerait certainement mieux que moi ;).

                        lilu & Croa: ne pas voter ne signifie pas se croiser les bras. La lutte peut prendre de multiples formes (grèves, manifestations, lutte armée, sit-in, auto-réduction, concerts improvisés, …). Déjà, simplement parler autour de soi, (se) poser des questions, créer des réseaux, des journaux, bref, créer du “lien contre la profitation” (comme on dit en Guadeloupe ;) est déjà un bon début.

                        Quant à ceux qui craignent de laisser l’appareil d’Etat aux mains de la droite, de quoi s’inquiètent-ils? Elle lui appartient déjà. Il est aussi bon de se rappeler que c’est par la pression populaire que l’on obtient des résultats, pensons aux exemples récents de la Guadeloupe ou encore au mouvement contre le CPE.

                        Quant à utiliser l’élection comme un moyen d’expression, oui, j’y ai cru aussi… Mais pourquoi devoir attendre tous les 4 ou 5 ans pour s’exprimer?
                        Ils ne veulent pas nous donner la parole? Prenons-la!

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                        1. Comment by yea, yea what a yea ! | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 03:27:41

                          Bonjour,
                          Texte assez clair sur la postition de nombreux francais.
                          Je me permet quelques remarques:

                          |”Quant à utiliser l’élection comme un moyen d’expression, oui, j’y ai cru aussi… Mais pourquoi devoir attendre tous les 4 ou 5 ans pour |s’exprimer?”

                          Effectivement, les élections ne sont pas un moyen d’expression démocratique a meme d’apporter les changements qu’attendent de nombreux francais. Il faut, si l’on est révolté contre se systeme, se révolter chaque jours, s’informer, militer et ne pas attendre les élections.

                          Mais les elections reste un moyen d’expression, si faible soit-il et bien entendu pas exclusif ni suffisant.
                          Je trouve donc dommage de refuser de s’eprimer lorsque l’on a un avis si tranché et refléchi: et si un parti anti-capitaliste avait autant de voies que l’ump?

                          |le “renversement de l’ordre capitaliste, n’a [jamais] réussi au travers d’élections.”

                          Il y a sujet a polémique, mais les récentes expériences latino-américaines peuvent contredire ce propos…

                          Et malgres ces propos qui se veulent critiques, je t’approuve, la lutte c’est chaque jour( et il est grand temps):
                          s’informer, informer, s’organiser, lutter.

                        2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                          1. Comment by damien | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 10:33:56

                            Très bonne synthèse!! à faire lire à ceux qui votent ;-)

                          2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                            1. Comment by cultive ton jardin | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 11:08:15

                              “Ne pas voter est aussi un bon moyen de ne rien changer !” (croa, IX)

                              Chouette alors, comme ça on a le choix!

                            2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                              1. Comment by Gilles | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 12:26:22

                                Cher camarade ;-),

                                je suis entièrement d’accord avec ton texte. Le terrain de la lutte n’est pas celui des élections, et une révolution par les urnes me semble bien chimérique (d’ailleurs, je pense qu’on pourrait interpréter les cas vénézuéliens et boliviens comme des compromis avec le capitalisme ou des capitalismes d’Etat en voie de formation). Cela dit, je pense qu’il y a une impasse dans ta réflexion comme dans celle de beaucoup d’abstentionnistes convaincus: primo, à part la lutte armée, je constate que le système permet (encore, et avec quelques réserves de taille certes…) pas mal de choses: grèves, manifs, squats, coopératives, sit-ins, concerts improvisés…

                                Je n’ai donc pas de problème à dire que le capitalisme, puisque ses dirigeants doivent lui accorder une légitimité, est obligé de laisser des espaces à la contestation pour pouvoir encore prétendre être une “démocratie”. Au final, comme le droit de grève, le droit de vote est le résultat de luttes sociales. Comme le droit de grève, le droit de vote peut déranger (un peu) le système (Allende, Chavez, Morales encore…).

                                Mais le problème, c’est que les élections sont un moment important pour la population puisqu’elle y est plus attentive aux questions politiques qu’en période non-électorale (période de lutte sociales intenses exceptées évidemment). Donc les élections permettent de faire passer des idées, des messages, avec un meilleur écho qu’à l’accoutumée. Principalement si on s’y présente! Un révolutionnaire ne pourrait pas laisser passer cette occasion par purisme doctrinaire.

                                Ensuite, malgré le rôle faible, bien plus en tout cas que ce que la théorie libérale et l’idéologie nous affirment, le Parlement reste un leiu de pouvoir. Cela veut dire que les élus reçoivent des informations importantes, et assez vite (entre le projet et le vote d’une contre-réforme il peut se passer plusieurs mois facilement). Encore une fois, on ne peut pas, si l’on souhaite réellement changer le monde, décider délibérément qu’on va se priver d’avoir une source de cette qualité pour informer la population et préparer les luttes. Enfin, un élu au parlement, anticapitaliste (on peut dicuter de ce que cela veut dire), peut utiliser celui-ci comme tribune et perturber le jeu parlementaire des partis de l’ordre (on peut aussi discuter de qui on met dedans).

                                Bref, les élections ne changeront pas la vie des classes dominées et exploitées, mais ce serait une erreur de ne pas exploiter les contradictions du capitalisme et les acquis des luttes précédentes pour le renverser. Parce qu’alors, les autres formes de lutte mentionnées peuvent aussi bien représenter des formes de légitimation du système, ce qui, à mon avis, constitue un pur contresens.

                                Qu’en penses-tu?

                              2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                1. Comment by Gilles | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 16:01:04

                                  J’ai oublié un point relativement important: l’abstention, les capitalistes n’en ont rien à cirer. Les USA et la Grande-Bretagne, ainsi que les pays de l’Est de l’Europe, connaissent tous une très forte abstention. Est-il besoin de rappeler l’état du rapport de forces entre capitalistes et travailleurs dans ces pays?Sans parler de la conscience des travailleurs et de la jeunesse…En résumé, l’abstention est selon moi une réponse erronée (se retirer du champ électoral par pureté) à un constat tout à fait valable (les élections sont une des façons pour le système d’assurer une certaine stabilité).

                                2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                  1. Comment by Julien Uh | Septidi Décade I Prairial An CCXVII at 17:20:30

                                    mmmh Gilles
                                    – Non le système ne permet ou ne tolère pas : il réprime dès qu’un mouvement prend de la consistance.
                                    – ce qui dérange chez chavez, morales ou allende, ce n’est pas tant leur élection que leur assise populaire (laquelle les a portés au pouvoir tandis que l’élection n’était finalement qu’un processus de légitimation) qui leur permet de mener des politiques plus dérangeantes. L’élection de Chavez, par exemple, aurait, sans assise populaire, amené la réussite du coup d’état de l’oligarchie locale en 2002
                                    – je pense que la population est en permanence attentive à la politique mais qu’elle l’exprime différemment hors période électorale. Il ne s’agirait pas que tu résumes la politique aux programmes des partis et aux communications médiatiques sur ce “grand moment”. Quant à “l’information”, le journal Solidaire, diffusé chaque semaine, (pour prendre l’exemple du PTB) est sans aucun doute plus efficace dans le soutien des luttes que leur spot de campagne et leurs 1,3%.
                                    – en ce qui concerne les élus, je constate déjà que je les vois mal déranger l’ordre établi par leurs discours. A cet égard, je renvoie à la scène du film “Le Président” de Henri Verneuil, où le président du Conseil français se permet une ultime harangue sur la collusion des intérêts entre monde patronal et députés, ces derniers occupant tous un mandat lié à la finance ou à l’industrie. Le film date de… 1961. Si ce n’est le scandale dans l’hémicycle, cela ne généra pas de profonds bouleversements). Pour prendre un autre exemple empirique, le discours anticapitaliste se conforme très vite au pouvoir pour des raisons tactiques qui échappent à tout le monde. Ainsi, la tête de liste PC pour Liège s’est-elle déjà prononcée en faveur du plan Marshall. Incompréhensible pour un communiste.
                                    – grosso modo, je ne partage donc pas cette idée que les élections sont une tribune ou une occasion d’informer “immanquable”. Si ce n’était que ça, ce ne serait pas trop grave. Mais cette occasion d’informer entre dans le jeu de l’intérêt des élections elles-mêmes, alors qu’elles ne sont qu’illusion. Jamais, dans le contexte actuel, les mandataires élus ne démissionneraient pour déclarer par exemple la grève générale. Bien au contraire, ils restent dans le cadre et encouragent ainsi tous leurs électeurs à faire de même.

                                  2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                    1. Comment by Gilles | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 10:36:13

                                      Allez, une dernière petite réponse:

                                      – le système réprime tout mouvement social consistant. Ok. Le système a aussi réprimé Allende, Chavez et les Républicains espagnols, par exemple.

                                      – d’accord avec toi sur le point 2. Mais une victoire électorale peut parfois donner du courage aux luttes aussi (Front populaire en 1936, poussé dans le dos par une grève générale), bien qu’historiquement l’inverse s’est plus souvent produit (raz-de-marée de droite en 1968 par exemple).

                                      – la population n’est pas en permanence attentive à la politique (au sens large, càd la lutte pour le pouvoir entre des intérêts et des visions contradictoires sur la gestion de la cité) de la même manière et avec la même intensité. Le journal solidaire ne s’arrête pas de paraître au début de la campagne électorale, que je sache.

                                      – je pense que si la CGT a créé un organe de surveillance de l’infiltration du NPA en son sein, c’est que le discours et l’action du NPA qui pousse à la grève générale dérangent. Si Vandenbroucke appelle à voter SPA et pas PTB, c’est un signe. La tribune offerte par des élus ouvre un accès plus grand aux médias, mais peut-être faut-il aussi ne pas apparaître dans les médias (dominants) puisqu’ils légitiment le système. Le PC n’est pas la seule force à gauche de la gauche, les trotskystes gardent un discours cohérent depuis 30 ans par rapport à la révolution, au capitalisme, à la grève générale, etc. Il n’y a donc pas de fatalité du “compromis”.

                                      – ce ne sont pas 2 ou 3 élus qui démissionnent qui pourront lancer la grève générale. Personne ne les suivrait. Une grève générale est plutôt déclenchée par les syndicats à condition notamment que la pression de la base soit suffisamment forte. Les élus de gauche anticapitaliste doivent bénéficier d’un salaire moyen (pour rester au niveau de vie de ceux qu’ils défendent) et aller encourager les luttes où elles se font. Il me semble qu’ici en Belgique, le PTB, la LCR ou le PSL agissent de la sorte. Ils encouragent les luttes et encouragent leurs électeurs à lutter.

                                      Ma conclusion reste la même que pour mon précédent message. :-)

                                      CQFD?

                                    2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                      1. Comment by Un Homme | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 10:39:21

                                        Quelques mots pour compléter la réponse du camarade Julien :)

                                        Sur l’Amérique latine:
                                        Si ce qui s’y passe est très intéressant et mérite qu’on y prête attention, on ne peut pas parler de révolution à mon sens puisque la structure de base du système (capitalisme) persiste (pour l’instant).
                                        On est dans ce que j’appellais la phase de négociations et de concessions de la part du capital. Et encore, la bourgeoisie locale a montré qu’elle était loin d’être prête à se soumettre (tentative de coup d’Etat au Vénézuela, menace de sécession en Bolivie). Le rapport de force lui est actuellement défavorable; mais que se passerait-il si le mouvement populaire actuel perdait de sa force?

                                        Pour revenir sous nos latitudes, croire qu’un parti anticapitaliste parviendrait à faire jeu égal avec les partis “traditionnels”, c’est oublier la capacité de ces derniers de phagocyter l’électorat de ces “petits” partis. Il suffit de regarder, à droite, la manière dont Sarkozy, en reprenant de gros morceaux du programme du FN, a siphoné l’électorat frontiste, ou bien à gauche, la manière dont le parti socialiste a récupéré une bonne partie de l’électorat communiste avec le programme commun dans les années 70 (à une époque où le candidat communiste faisait encore dans les 20%).

                                        N’oublions pas non plus la capacité du système à séduire et corrompre ses opposants, de Cohn-Bendit aux anciens de la Gauche Prolétarienne, combien soutiennent aujourd’hui ce système qu’ils combattaient naguère?

                                        Enfin, concernant l’abstentionnisme, si le système ne le craignait pas un tant soi peu, comment expliquer ces campagnes contre l’abstention, ou comme je le mentionnais, celles poussant les jeunes des banlieues à s’inscrire sur les listes électorales. Comment comprendre aussi que dans certains pays, face à des élections visiblement truquées, certains partis d’opposition en appellent à leur boycott? Les notres ne sont-elles pas systémiquement biaisées?

                                      2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                        1. Comment by vinalia | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 16:29:47

                                          Moi en tous cas je vote pas pour des gens qui répondent pas à mes mails ! :p :p

                                        2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                          1. Comment by La Dilettante | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 19:49:41

                                            Très bonne analyse.
                                            Ton texte est déjà indexé sur http://www.rezo.net.
                                            Tu devrais le proposer à des canards du style Fakir ou Plan B. Excellent vraiment.

                                          2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                            1. Comment by Monsieur Y | Octidi Décade I Prairial An CCXVII at 20:29:17

                                              Comme disaient les Schtroumpfs : “Moi, je vote pour moi !” :P

                                            2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                              1. Comment by Gilles | Décadi Décade I Prairial An CCXVII at 15:59:06

                                                Pour répondre à ta réponse et clôturer le débat (momentanément):

                                                – On peut interpréter ce qui se passe en Amérique Latine comme tu le fais. Je suis d’accord que dans tous les cas c’est la force des mouvements sociaux qui permet ou pas de réellement bousculer le capital. Le problème n’est pas là. Plusieurs partis de la gauche radicale (NPA et LO, LCR et PSL) expliquent d’ailleurs que seule la grève générale prolongée et des luttes sociales permettent de s’attaquer au capital.Cela ne les empêche pas de défendre leur programme et les luttes sur le champ électoral.

                                                – Sur la phagocytation de l’électorat: je ne suis pas d’accord. L’exemple de Mitterand existe, mais en Italie ou en Belgique les communistes plus ou moins stals ont vu leur influence diminuer sans phénomène analogue, les italiens s’auto-détruisant d’ailleurs en 3 parties. Tu généralises donc un peu trop me semble-t-il. Actuellement, l’ancien électorat communiste n’est pas au PS mais au FN ou…dans l’abstention. Supeeeeeeer…

                                                – La GP et Cohn-Bendit étaient de farouches abstentionnistes convaincus si je ne m’abuse…des grands gauchistes d’hier devenus agents du capitalisme réactionnaire. :-)

                                                – Comment expliquer que les médias s’attachent tant à vider les élections de leur (faible) potentiel subversif en ne parlant pas des programmes, des bilans et des graves problèmes d’inégalités et d’exploitation des humains et de la nature? Comment expliquer que les “campagnes” contre l’abstention soient menées avec aussi peu d’acharnement dans les pays de l’Est, aux USA, etc.?
                                                Comment expliquer que ce sont les pauvres et les faiblement qualifiés qui votent le moins (et pas les militants anars qui sont encore bien moins nombreux que les communistes) et que ce sont des associations et des groupes de gauche qui tentent de mobiliser notamment les banlieues? tout simplement parce que l’abstention des classes populaires est corrélative de l’aggravation des inégalités.Et c’est loin d’être anodin. La conscience de classe, la politisation des masses s’affaiblit: l’abstention n’est donc pas du tout un phénomène positif. Elle est un indicateur d’un rapport de forces défavorable.

                                                – Encore une fois tu compares des pommes et des poires: si les bourgeoisies locales de pays pauvres soumis à une dictature boycottent des élections, c’est parce que c’est pour elles un moyen de délégitimer le système aux yeux de nos bourgeoisies occidentales (qui peuvent choisir que ces bourgesoisies du tiers-monde sont aptes à gérer les intérêts multinationales, comme en Afrique du Sud, en Corée du sud, Indonésie, ou en Amérique Latine à des époques différentes), parce que le trucage consiste à bourrer les urnes ou à interdire à une série de candidats de se présenter par exemple. Les critères libéraux/bourgeois ne sont donc pas respectés. Dans ces pays, des élections “libres” au sens libéral représentent un progrès, comme ce fut le cas chez nous.

                                                La sécurité sociale est un puissant stabilisateur du système capitaliste, qui empêche la révolte des masses: faut-il ne pas se battre pour la Sécu? C’est pareil pour les élections.

                                                – Ma conclusion reste toujours la même:

                                                L’illusion électorale et l’illusion abstentionniste sont les deux faces d’une même médaille.Croire que l’abstention et la non-participation aux élections possèdent un caractère subversif (en dehors de ceux qui revendiquent leur abstentionnisme, càd 0.1% de la population), c’est autant erronné que de croire à la chimère de la “révolution électorale” (de fait impossible puisque c’est nécessairement par la grève et la reprise démocratique des entreprises au’on s’attaque réellement aus sytème).

                                              2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                                  Vive l’abstinence!

                                                2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                                    Comment by Jef | Primidi Décade II Prairial An CCXVII at 03:38:00

                                                    oui, mais tout ça, on sait bien! à quoi ça sert de toujours, à chaque élection, ressortir les mêmes réfléxions désabusées, dégoûtés, écoeurées, ressasser les mêmes analyses acides mais lucides? à rien si ce n’est pour les novices.
                                                    Ce qui compte, c’est de porter le débat, d’entamer la réflexion avec d’autres, d’échanger, d’ouvrir la discuss avec des proches pas forcément a priori de son bord, parce que le pire, c’est que chacun reste dans son coin, son clan, sa famille en s’auto-gargarisant de sa voie. Bref, si on ne remue pas… à sa façon, selon ses possibilités, faut pas s’étonner ensuite que ça patine.Voter, pas voter, en fait si, voter, pour notre moins pire mais sans en être dupe.
                                                    Et puis la haine a si vite fait de s’installer chez les frustrés qu’il vaut mieux dès le départ ne pas l’utiiliser, tout en affirmant ses choix.

                                                  2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                                    1. Comment by etienne | Duodi Décade II Prairial An CCXVII at 02:01:08

                                                      “Pour ne rien changer: votez!”…et si c’était faux?

                                                      Beaucoup de choses justes et finement comprises à propos de la critique des démocraties représentatives contemporaines dans ce papier, à l’exception peut-être de l’argument principal.

                                                      Je cite:

                                                      “Et si, malgré tout, une coalition à tendance révolutionnaire parvenait au pouvoir par les urnes, le capital a montré qu’il était prêt, soit à négocier avec le nouveau pouvoir en faisant quelques concessions de manière à préserver l’essentiel du cadre capitaliste15, soit à recourir à des méthodes plus drastiques comme le coup d’Etat16.”

                                                      Le premier scénario mérite qu’on s’y attarde un peu plus. Il faudrait peut-être considérer deux secondes quelles “concessions” un capitalisme acculé de cette façon serait contraint à négocier: les conquêtes sociales les plus importantes en France et dans d’autres pays ont eu lieu dans de tels contextes. N’oublions jamais que la menace révolutionnaire est un instrument au moins aussi puissant et certainement moins hasardeux qu’une hypothétique révolution, dont, par définition, personne ne sait vraiment quelle forme elle pourrait prendre aujourd’hui: la bourgeoisie capitaliste n’a jamais lâché autant de choses que quand elle s’est sentie réellement en danger. Bien sûr, on peut toujours ratiociner indéfiniment sur ce que peut être “l’essentiel du cadre capitaliste”…mais entre un capitalisme ouvertement débridé et l’abolition de la propriété privée, il existe de nombreux scénarii parmi lesquels celui d’un capitalisme sévèrement corseté est parfaitement plausible.

                                                      Le second scénario, celui du coup d’Etat, franchement détestable et peu plausible en l’état actuel des choses, ne remet toutefois absolument pas en cause l’effet catalyseur de l’accès d’un parti révolutionnaire au pouvoir par les élections: un révolutionnaire patenté dirait au contraire que cela ne ferait qu’accélérer la dynamique insurrectionnelle, pour le meilleur ou pour le pire tout comme l’avait fait l’avènement des Républicains au pouvoir en 1936 en Espagne. On sait hélas comment cela a tourné. Il n’empêche qu’il est pour le moins paradoxal, pour ne pas dire tordu, d’invoquer la menace putchiste pour défendre la thèse de l’inutilité du vote démocratique dans un Etat de droit comme le nôtre.

                                                      Dans les deux cas, ce paragraphe montre bien la fragilité du texte, en tout cas la réversibilité de son argument principal: “Pour tout changer: votez!”.

                                                      Ce paragraphe montre aussi que la question des relations entre le capitalisme et les institutions politiques est plus complexe qu’il n’y paraît: le capitalisme s’accorde aussi bien, selon les contextes historiques et politiques, des régimes à élections “démocratiques” que des formes autocratiques de pouvoir, voire totalitaires, comme le montre l’exemple de la Chine aujourd’hui, ou comme l’ont montré les régimes nazis et fascistes en Europe des années 1930-45. En revanche des progrès sociaux majeurs – sans parler de révolution ou de renversement du mode de production capitaliste – on pu être historiquement le fruit d’élection libres, rarement certes, je pense notamment au Front Populaire en 1936.

                                                      D’où l’ambiguïté de la dernière phrase: “On ne peut pas gagner en jouant avec les règles de son ennemi.” Car si l’on considère le capitalisme en soi comme l’ennemi, il est évident que le processus électoral des démocraties contemporaines n’a aucune chance de porter au pouvoir une force promouvant le propre renversement de ces dernières: la révolution semble alors la seule issue envisageable…
                                                      Mais si l’on considère le libéralisme dans sa verrsion “néo”, c’est-à-dire la promotion d’un capitalisme absolument sans frein, dont la logique s’étend à tous les domaines de la vie, y compris à l’intérieur de la sphère publique – comme c’est le cas aujourd’hui – comme l’ennemi véritable, là les choses se compliquent: car les promoteurs du néo-libéralisme, même s’ils ne le disent pas trop fort, sont des ennemis déclarés de la notion même de “souveraineté populaire”.

                                                      Toute la difficulté consiste à désigner pertinemment “l’ennemi”, ce qui implique de bien comprendre que nous ne vivons pas dans le même monde que celui du vivant de K. Marx et F. Engels lorsqu’ils ont écrit le “Manifeste”. En effet, ce qui nous menace directement aujourd’hui n’est pas tant le capitalisme en tant que tel, qui a connu des formes et des fortunes très diverses au cours de son histoire – et dont personne d’un peu honnête et sérieux ne sait vraiment comment sortir complètement aujourd’hui -, qu’une forme contemporaine de “totalitarisme de marché”, associant libéralisation généralisée de l’économie, transformation complète des citoyens en télé-consommateurs, et répression policière et pénale systématique.
                                                      Or les artisans de ce nouveau régime – dont les participants au forum de Davos, tout comme les principaux acteurs des institutions européennes, sont l’incarnation même – ont peur de la démocratie, même dans sa forme représentative et bourgeoise, car ils savent très bien que le peuple ne peut soutenir durablement un régime qui accroît systématiquement ses souffrances et détériore sans cesse ses conditions pratiques d’existence: la structure technocratique et profondément a-démocratique de l’Union Européenne est très révélatrice de cette dérive oligarchique.

                                                      On peut donc a contrario considérer que les règles de l’ennemi sont non pas celle de la démocratie, mais en réalité celles du déni de la démocratie, comme l’ont montré les réactions qui ont suivi le non des français au référendum de 2005 et la façon indigne dont le traité de Lisbonne a été adopté. Il n’est donc pas forcément stratégiquement judicieux de rejeter a priori la démocratie représentative, même dans ses formes contemporaines les plus perverties, comme étant forcément une voie intertisant tout changement politique majeur, bien au contraire.

                                                      Par conséquent, s’il est bien sûr absolument naïf de tout attendre d’un scrutin électoral – et particulièrement celui du 7 juin pour un Parlement “croupion”- il n’est pas exclu qu’un jour l’oligarchie actuellement au pouvoir dans la plupart des démocraties occidentales se fasse purement et simplement sortir par les urnes, sans autre forme de procès, et sans que personne ne s’y attende vraiment…

                                                      Car la crise économique actuelle, si elle se prolonge suffisamment, peut faire naître des changements radicaux qu’il était encore impossible d’envisager il y a deux ans, et ceci y compris au sortir d’élections démocratiques traditionnelles.

                                                    2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                                      1. Comment by Un Homme | Tridi Décade II Prairial An CCXVII at 14:53:12

                                                        Petit message en passant pour signaler que j’ai mis une version un peu modifiée de cet article sur la page suivante:
                                                        http://un.homme.a.poilsurle.net/?page_id=626

                                                        Sinon, je remercie etienne pour son très long commentaire; mais je n’y répondrais pas car aménager l’injustice ou rendre les inégalités plus supportables n’est pas l’objectif final que je me fixe.

                                                        Par ailleurs, je me réjouis de voir les réactions que suscitent ce billet, l’objet principal de ce site étant de faire naître la réflexion et le débat. Merci à toutes et tous.

                                                      2. comment_type == "trackback" || $comment->comment_type == "pingback" || ereg("", $comment->comment_content) || ereg("", $comment->comment_content)) { ?>

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                                                        1. Comment by thitho | Décadi Décade II Prairial An CCXVII at 17:25:13

                                                          Je ne voudrais pas que l’on reste sur le commentaire d’Etienne pour autant. Si sa réflexion paraît poussée, elle reste superficielle. Et d’ailleurs contradictoire. Les conquêtes sociales auquel il estime que le capitalisme s’est résigné (je cite: “quelles “concessions” un capitalisme acculé de cette façon serait contraint à négocier: les conquêtes sociales les plus importantes en France et dans d’autres pays ont eu lieu dans de tels contextes.”) sont extrêmement partielles en réalité. Elles n’ont concerné qu’une infime partie de la population mondiale et si le capitalisme les a concédées, c’est tout d’abord parce que cela lui permettait d’accroître le marché de la consommation, tout en continuant à exploiter de la même manière la plus grande partie de la population, principalement des colonies, mais pas seulement.

                                                          En outre, Etienne note bien que la menace de la révolution a pu être un facteur décisif de réformes à l’époque. Bien que je ne considère pas nécessairement cette menace comme premier (le premier argument ci-dessus est bien plus important), il faut noter que le contexte aujourd’hui, avec la “mort du socialisme réel” (qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre), est totalement différent. Les “négociations” sont aujourd’hui purement défensives et consistent à freiner, et non empêcher, le détricotage de l'”État providence” (du ventre).

                                                          En réalité, les politiques ne sont que les représentants de cette lente descente aux enfers qu’ils défendent sous des formes différentes avec, globalement, à l’esprit “Après moi, les mouches.”

                                                          Leurs discours sont creux, car vidés de toute substance idéologique réelle. Dès qu’un parti extrémiste qui cherche à sortir d’un dialogue possible autour de ce seul détricotage, il est accablé de qualificatifs disqualifiants. De toute manière, les seuls de ces partis qui cherchent effectivement à sortir de cette logique (comme le NPA ou les coalitions d’extrême-gauche qui se multiplient ces derniers temps) refusent le compromis; les Partis travaillistes et sociaux-démocrates ne savent donc rien en faire d’autre, sinon leur envoyer un Mélenchon pour tenter de rattraper la sauce. Sans succès, évidemment.

                                                          Le scénario du coup d’état n’est pas totalement irréaliste. Il suffit d’observer ce qui arrive dans mon pas d’adoption, où des gouvernements d’État cherchant à effectivement retourner le cours des choses capitalistes, même de manière modérée, sont tout simplement renversés par… la voie judiciaire. Les recours tous plus surréalistes les uns que les autres sont multipliés, et le gouvernant voté se retrouve “cassé” (cassado). Il faut naturellement pour cela la complicité du pouvoir judiciaire, de l’État fédéral et, en dernier recours, de l’armée. Si l’un devait faire défaut, les deux autres sont toujours là.

                                                          Si le coup d’État ne semble pas d’actualité dans les formes type Allende-Pinochet, c’est surtout qu’il n’est pas besoin d’aller jusque là: les “formes démocratiques” suffisent…

                                                          Non, voter, malheureusement, ne sert pas à changer les choses.

                                                          C’est sur le troisième tour social qu’il faut se concentrer… Ne perdez plus ni énergie, ni temps à la guéguerre médiatique: elle est perdue d’avance. C’est dans la rue que l’espoir peut naître. Pour cela, Etienne, il faut s’en convaincre. Sinon, ton discours devient carrément une menace pour le progrès social.

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