Pour ou contre la grève? La Libre Belgique a choisi son camp…

On le sait, les médias dominants choisissent rarement le camp des travailleurs dans le cas de conflits sociaux1. La grève générale du 30 janvier ne fait pas exception à la règle, la plupart des journaux relayant complaisamment le message patronal qu’elle “ne sert a rien” voire qu’elle “met l’économie en danger2; mais la plupart du temps, se drapant dans leur pseudo-objectivité, ils prétendent se contenter de renvoyer dos à dos patronat et syndicats.

La Libre Belgique (du moins ses articles en ligne) a, elle, clairement choisi son camp. Qu’on en juge par les articles publiés sur son site au lendemain de cette grève:

  • L’édito de Francis Van de Woestyne, intitulé sobrement “au boulot” dont je ne résiste pas à vous copier l’introduction:

    Il a donc fallu supporter, lundi soir, les communiqués triomphants des organisations syndicales se félicitant d’avoir paralysé le pays – chacun place sa gloire où il peut – pendant 24 heures. Une victoire ? Que non

    Il a au-moins le mérite de reconnaître explicitement appartenir aux “jaunes“. Les choses sont claires.

  • Un article de Vincent Rocour intitulé “Grève: un succès relativisé” qui, sous le prétexte de mesurer le succès ou non de la grève générale cherche à en diminuer la portée (premiere grève générale en Belgique depuis 18 ans!). D’ailleurs l’article le signale lui-même, ce sont les employeurs qui relativisent le succès de la grève. Le titre reprend donc le seul credo patronal3.
  • Droit de grève. Jusqu’où peut-il aller ?” est le titre d’un “entretien” avec Sébastien ROGER, présenté comme un “Avocat spécialisé en droit social” au cabinet Stibbe, pour qui le droit social “est une des composantes incontournables dans la gestion des entreprises.“. On sent l’interlocuteur empli d’une parfaite neutralité sur la question…
  • Grève: l’UCM dénonce la “violence d’une minorité” est un autre entretien entre Thierry Evens pour l’UCM (Union des Classes Moyennes) et Myriam Delmée pour le Setca (Syndicat socialiste des employés et cadres) qui, à l’instar du titre, n’aura pas droit à la même place dans l’article… Et la photo illustrant l’article oriente également le lecteur puisqu’on y voit un syndicaliste brandir un semblant de matraque, ce qui vise à corroborer la “violence” inscrite dans le titre.
  • Seul l’article de Grégoire Comhaire, “Je ne veux pas conduire mon bus jusqu’à 70 ans” donne la parole a un travailleur de la Stib en grève; mais tout en distillant en filigrane l’inutilité de celle-ci, puisque l’article se conclut sur cette parole du chauffeur: “Mais malheureusement, je sais qu’ils vont finir par réformer tout ça. Ils vont nous imposer de travailler plus longtemps. On le sait. Et on n’est pas d’accord.” Autrement dit la grève peut servir de défouloir mais ne changera rien…

Bref, on cherchera longtemps cette prétendue objectivité journalistique qu’on reproche si facilement à la presse militante de ne pas avoir et on lira donc, par exemple, avec plaisir le compte-rendu de militants CGT de Tourcoing venus rendre visite à leurs camarades belges de Courtrai en grève…

A lire aussi:

  1. voir par exemple le cas de la grève de la fonction publique le 22 décembre 2011 []
  2. on aurait pu croire que c’était la dérèglementation financière qui avait entrainé l’économie mondiale dans sa chute. Que nenni! C’est la faute des grévistes! []
  3. Pourquoi ne pas titrer par exemple: “Grève générale:Succès pour les syndicats, échec pour les employeurs”? []

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