Faut-il légaliser la prostitution?

Suite à un récent article sur le sujet dans JIM (Prostitution : légalisation ne rime ni avec libération ni avec protection) j’ai été surpris de voir l’ampleur du débat interne que la question a suscité.

Autant je peux comprendre que la question divise la droite entre une position libérale favorable à la légalisation (gloire au Marché) et une droite conservatrice qui y est opposée (pour des raisons morales); autant je suis étonné qu’elle puisse diviser à gauche.

Même si je suis intimement persuadé des meilleures intentions de ceux qui la défendent à gauche, la légalisation de la prostitution, c’est à dire de la marchandisation du corps humain, sachant qu’elle est très majoritairement subie par ceux qui se prostituent, pose deux questions fondamentales que je vais même élargir au-delà du cas de la prostitution (puisque le précedent légal sera très certainement appelé à s’élargir également).

1. Le corps humain doit-il être considéré comme une marchandise?

2. Faut-il préférer la certitude d’une exploitation adoucie à l’incertitude de la fin de cette exploitation?

A mon sens, les partisans de la légalisation répondent1 oui à ces deux questions. Les gains potentiels (visiblement loin d’être acquis) en valent-ils vraiment la chandelle?

  1. et très certainement à contrecoeur []
  

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Still alive!

Eh oui! C’est un peu le désert ici… Je sais, je sais, je vous abandonne. :/

J’avais prévu d’écrire des notes sur deux sujets; mais malheureusement je ne semble pas trouver le temps nécessaire pour m’y consacrer, et puis, d’autres ont déjà écrit sur les mêmes sujets, donc autant éviter les redites…

Le premier d’entre-eux concernait le tremblement de terre en Haïti et la réaction qui en a découlé.

En fait, ce qui m’a frappé était le décalage énorme entre les divers chiffres mentionnés.
Le nombre de victimes d’abord: 100, puis 150 et maintenant 200 mille personnes. Un chiffre qui défie l’imagination.

La réaction occidentale ensuite, parce qu’on n’a, évidemment, pas trop parlé de l’aide immédiatement apporté par Cuba et le Vénézuala dans le PPA. Mais l’on a beaucoup insisté sur l’ampleur du “déploiement humanitaire” qui se compte en dizaine de milliers de personnes (Marines américains compris)1.

Par contraste, le tout petit nombre de personnes dégagées des ruines, autour de 200 apparemment, ne peut que me laisser songeur. A-t-on rencontré le même genre de rapport (1/1000) lors d’autres importants tremblements de terre? (En Chine récemment, par exemple)

Le temps me manque malheureusement pour chercher plus loin. Une chose est certaine, les secours se sont concentrés sur la seule ville de Port-au-Prince et les autres zones touchées par le séïsme ont dû attendre de très longs jours (voire plus d’une semaine) avant de voir l’aide internationale se préoccuper d’elles.

Autre sujet sur lequel j’aurais voulu m’exprimer c’est la tendance actuelle à légiférer sur les chiffons que portent certaines femmes, pénalisant ainsi celles qu’on prétend défendre. Stratégie de diversion comme l’explique Le Monolecte.

Qu’est-ce qui suivra?
L’interdiction de la barbe (c’est bien connu, seuls les islamistes ou les gauchistes portent des barbes)?
L’interdiction de la calvitie (les skins, c’est tous des fachos)?

On est mal barré en tout cas…

  1. La question de la “sécurité” mériterait à elle seule un billet complet. Retenons essentiellement qu’il ne semblait pas y avoir de souci majeur de ce côté-là contrairement à ce qu’on nous laisse entendre pour justifier l’occupation militaire occidentale. []
  

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Pour nous changer de Marx…

(un peu de lecture pour vous occuper en attendant que je termine de rédiger d’autres billets ;))

Supposons qu’une colonie de vingt ou trente familles s’établisse dans un canton sauvage, couvert de broussailles et de bois, et dont, par convention, les indigènes consentent à se retirer. Chacune de ces familles dispose d’un capital médiocre, mais suffisant, tel enfin qu’un colon peut le choisir : des animaux, des graines, des outils, un peu d’argent et des vivres. Le territoire partagé, chacun se loge de son mieux et se met à défricher le lot qui lui est échu. Mais, après quelques semaines de fatigues inouïes, de peines incroyables, de travaux ruineux et presque sans résultat, nos gens commencent à se plaindre du métier ; la condition leur paraît dure ; ils maudissent leur triste existence.

Tout à coup, l’un des plus avisés tue un porc, en sale une partie, et, résolu de sacrifier le reste de ses provisions, va trouver ses compagnons de misère. Amis, leur dit-il d’un ton plein de bienveillance, quelle peine vous prenez pour faire peu de besogne et pour vivre mal ! Quinze jours de travail vous ont mis aux abois !… Faisons un marché dans lequel tout sera profit pour vous ; je vous offre la pitance et le vin ; vous gagnerez par jour tant ; nous travaillerons ensemble, et, vive Dieu ! mes amis, nous serons joyeux et contents !

Croit-on que des estomacs délabrés résistent à une pareille harangue ? Les plus affamés suivent le perfide incitateur : on se met à l’oeuvre ; le charme de la société, l’émulation, la joie, l’assistance mutuelle doublent les forces, le travail avance à vue d’oeil ; on dompte la nature au milieu des chants et des rires ; en peu de temps le sol, est métamorphosé ; la terre ameublir n’attend plus que la semence. Cela fait, le propriétaire paye ses ouvriers, qui en se retirant le remercient, et regrettent les jours heureux qu’ils ont passés avec lui.

D’autres suivent cet exemple, toujours avec le même succès ; puis, ceux-là installés, le reste se disperse : chacun retourne à son essart. Mais en essartant il faut vivre ; pendant qu’on défrichait pour le voisin, on ne défrichait pas pour soi : une année est déjà perdue pour les semailles et la moisson. L’on avait compté qu’en louant sa main d’oeuvre on ne pouvait que gagner, puisqu’on épargnerait ses propres provisions, et qu’en vivant mieux on aurait encore de l’argent. Faux calcul ! on a créé pour un autre un instrument de production, et l’on n’a rien créé pour soi ; les difficultés du défrichement sont restées les mêmes ; les vêtements s’usent, les provisions s’épuisent, bientôt la bourse se vide au profit du particulier pour qui l’on a travaillé, et qui seul peut fournir les denrées dont on manque, puisque lui seul est en train de culture. Puis, quand le pauvre défricheur est à bout de ressources, semblable à l’ogre de la fable, qui flaire de loin sa victime, l’homme à la pitance se représente ; il offre à celui-ci de le reprendre à la journée, à celui là de lui acheter, moyennant bon prix, un morceau de ce mauvais terrain dont il ne fait rien, ne fera jamais rien ; c’est-à-dire qu’il fait exploiter pour son propre compte le champ de l’un par l’autre ; si bien qu’après une vingtaine d’années, de trente particuliers primitivement égaux en fortune, cinq ou six seront devenus propriétaires de tout le canton, les autres auront été dépossédés philanthropiquement.

Dans ce siècle de moralité bourgeoise où j’ai eu le bonheur de naître, le sens moral est tellement affaibli, que je ne serais point du tout étonné de m’entendre demander par maint honnête propriétaire, ce que je trouve à tout cela d’injuste et d’illégitime. Âme de boue ! cadavre galvanisé ! comment espérer de vous convaincre si le vol en action ne vous semble pas manifeste ? Un homme, par douces et insinuantes paroles, trouve le secret de faire contribuer les autres à son établissement ; puis, une fois enrichi par le commun effort, il refuse, aux mêmes conditions qu’il a lui-même dictées, de procurer le bien-être de ceux qui firent sa fortune : et vous demandez ce qu’une pareille conduite a de frauduleux ! Sous prétexte qu’il a payé ses ouvriers, qu’il ne leur doit plus rien, qu’il n’a que faire de se mettre au service d’autrui, tandis que ses propres occupations le réclament, il refuse, dis-je, d’aider les autres dans leur établissement, comme ils l’ont aidé dans le sien ; et lorsque, dans l’impuissance de leur isolement, ces travailleurs délaissés tombent dans la nécessité de faire argent de leur héritage, lui, ce propriétaire ingrat, ce fourbe parvenu, se trouve prêt à consommer leur spoliation et leur ruine. Et vous trouvez cela juste ! prenez garde, je lis dans vos regards surpris le reproche d’une conscience coupable bien plus que le naïf étonnement d’une involontaire ignorance.

P-J. Proudhon, Qu’est-ce que la propriété, Chapitre III.

  

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Bonne année mon cul

Janvier est de très loin le mois le plus saumâtre, le plus grumeleux, le moins pétillant de l’année.

Les plus sous doués d’entre vous auront remarqué que janvier débute le premier. Je veux dire que ce n’est pas moi qui ai commencé.

Et qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise…

Dieu merci, cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de « Bonjour à tous », j’ai mis « Bonne année mon cul ». C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire.

Pierre Desproges, Chroniques de la haine ordinaire, 3 février 1986

  

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Mais où sont les rêves d’antan?

Nous rêvions de grands soirs et de lendemains qui chantent,
du crépuscule de l’oppression,
d’une aube de l’émancipation.
Aujourd’hui, les partis, les syndicats touchent leur rente,
de journées de mobilisation,
en habituelles capitulations.
Qu’avons-nous fait pendant tout ce temps?
Ah mais où sont les rêves d’antan?

Nous rêvions de mettre à bas les structures de coercition,
des écoles aux prisons,
des usines aux nations.
Aujourd’hui nous cherchons à défendre nos institutions,
garantes de nos “libertés”,
et surtout de la “sécurité”.
En sommes-nous à réclamer notre carcan?
Ah mais où sont les rêves d’antan?

Nous rêvions de faire exploser la famille traditionnelle,
d’amour libre et d’autres règles de jeux,
d’un nouveau désordre amoureux.
Aujourd’hui c’est le grand retour de l’institutionnel,
vive le mariage pour les gays,
le sexe et l’amour bien encadrés.
Avons-nous besoin de tous ces sacrements?
Ah mais où sont les rêves d’antan?

Nous rêvions de liberté, d’égalité et de fraternité,
de justice et de république sociale,
et d’une révolution internationale.
Aujourd’hui encore, certains continuent à rêver,
à oeuvrer avec courage et obstination,
jour après jour, pour la révolution.
Et peut-être qu’après avoir perdu tant de vies,
nous vivrons enfin notre rêve d’anarchie…

“La révolution sera la floraison de l’humanité comme l’amour est la floraison du coeur.”
Louise Michel


Léo Ferré – Les Anarchistes

  

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L’école laïque en danger!

Jusque quand tolérerons-nous le prosélytisme religieux dans nos écoles publiques et donc laïques?

On m’a récemment signalé qu’un certain nombre de personnes munies d’un couvre-chef ostensiblement religieux semaient le trouble et l’agitation dans plusieurs écoles tant au Nord qu’au Sud du pays en ce moment.

Accepterons-nous encore longtemps que nos enfants soient soumis à la propagande religieuse des barbus?

Qu’attends donc le gouvernement pour légiférer contre la présence de signes religieux à l’école?

Parents, enfants, amis de l’école laïque, mobilisons-nous tous contre la présence de Saint-Nicolas dans nos écoles et renvoyons cet évêque mitré dans sa sacristie. Tabernacle!

PS: j’ai appris que ma propre nièce avait appris une chanson où elle promettait d’être “sage comme un mouton” et de “bien faire sa prière” pour être récompensée par l’évêque de Myre… et tout ça dans une école publique! Où va-t-on!

  

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Une nouvelle potiche pour l’Europe™

Ah quel belle agitation autour de la nomination du premier président du Conseil Européen. Du suspense, de la passion, bref un bien beau spectacle.

Et d’ailleurs, au vu de la fonction, il semble effectivement plus normal de se focaliser sur le nom que sur le rôle de ce nouvel apparatchik européen.
En effet, quel est la tâche du président du Conseil? D’après la documentation officielle:

Comme le prévoit l’article 15, paragraphe 6, du traité sur l’Union européenne, le président du Conseil européen:
- présidera et animera les travaux du Conseil européen;
- assurera la préparation et la continuité des travaux du Conseil européen en coopération avec le président de la Commission et sur la base des travaux du Conseil des affaires générales;
- oeuvrera pour faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen;
- présentera au Parlement européen un rapport à la suite de chacune des réunions du Conseil européen.

Par ailleurs, le président du Conseil européen assurera, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l’Union pour les matières relevant de la politique étrangère et de sécurité commune, sans préjudice des attributions du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Donc, pendant que le président de la Commission et les chefs d’Etats continueront à se partager le pouvoir, Herman1 pourra lire les communiqués de presse et faire risette au nom de l’Europe à l’étranger.

Avouez que ça en valait la peine, non?

  1. comme dit Nicolas []
  

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Just another brick in the wall

Je sais, je sais… Ca fait bien trop longtemps que je n’ai écrit par ici.

Disons que je suis tout de même pas mal occupé par le Journal Indépendant et Militant (lisez-le, c’est bien!) en plus de mes heures de servitude volontaire quotidienne.

Bon, ceci étant, le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin a tendance à me gonfler un peu. Certes, on ne peut que se réjouir quand un régime autoritaire s’effondre; mais la chute du mur n’a jamais signifié “la chute du communisme” comme on peut le lire et l’entendre ici ou là.

D’abord et principalement parce que la Deutsche Demokratische Republik, par un de ces retournements de langage typiquement orwellien, n’a jamais été communiste au-delà d’une certaine rhétorique marxiste-léniniste.

Ensuite, parce que la chute d’un régime quel qu’il soit ne signifie pas la chute de l’idéologie qu’il incarnait ou soutenait.

Ainsi par exemple, on n’entend personne dire que la chute du régime de Pinochet a sonné le glas du libéralisme…

Et pour cause.

  

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