Le Capital sera le genre humain…

Propaganda(cet article est la suite de celui-ci et de celui-là)

Depuis toujours, en raison de sa nature, le capitalisme ne bénéficie, réellement, qu’à une toute petite minorité de la population. Dès lors, pourquoi l’immense majorité de ceux qui n’en profitent pas ou très partiellement, n’ont-ils pas renversé ce système qui les exploite?

La réponse tient en un mot: propagande.

La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays.

Propaganda (1928), Edward Bernays (trad. Oristelle Bonis), éd. Zones, 2007, p. 311

Sous nos latitudes, cette propagande est omniprésente et multiforme.
Son rôle est multiple. Il s’agit, entre autres, d’ancrer dans l’esprit de la majorité la forme actuelle du système, ce qui s’obtient en décrédibilisant les alternatives possibles2, en utilisant des mythes fondateurs (“la main invisible du marché”, “la concurrence libre et non faussée”, …), en créant des des rêves de réussite accessible à tous, et, en cas de “crise”, de détourner l’attention, voire la colère de la majorité exploitée par le système, vers des boucs émissaires comme les “dérives du système3”, les “patrons voyous”,Fortis le “terrorisme“, l’intégrisme musulman, les étrangers4, etc.5 ou bien de canaliser cette colère vers les mécanismes institutionnels habituels (élections, partis, syndicats, …); mais surtout, son rôle essentiel est de maintenir divisée la majorité de la population de sorte qu’elle ne puisse s’unir pour établir un système partageant les richesses de manière plus équitable.
Pour ce faire, la classe dominante a su créer des antagonismes au sein de ceux qu’elle domine de manière à ce qu’ils s’opposent entre-eux plutôt qu’ensemble contre elle: travailleurs contre chômeurs, autochtones contre allochtones, usagers contre grevistes, …

Les formes prises par cette propagande sont, comme je le disais, multiples.

On la retrouve, par exemple, dans l’enseignement où l’on “sensibilise” dès le plus jeune âge les enfants à l’esprit d’entreprise (j’ai personnellement été confronté au fameux Boule et Bill créent une entreprise à la fin de mes primaires), les cours d’histoire se contentent souvent de reprendre la version “officielle” dont on sait pourtant qu’elle est écrite par le vainqueur à son avantage; et combien d’heures sont consacrées à développer l’esprit critique des élèves?
L’enseignement constitue un endoctrinement nécessaire pour que l’individu évite de se poser trop de questions quant à son rôle d’exécutant dans le système6.

On peut également trouver des exemples cette propagande dans la publicité. L’idée est de maintenir l’image de certaines classes d’individus dans des carcans stéréotypés afin qu’ils acceptent, par la répétition propre à la publicité, cette image d’eux-mêmes. L’exemple le plus évident est bien sûr celui de l’image de la femme mais ce n’est pas le seul7.

Le Plan BMais l’exemple le plus frappant de cette propagande se retrouve naturellement dans les médias. Il suffit d’ouvrir n’importe quel “grand” journal, d’allumer sa télévision ou d’écouter une radio à diffusion nationale pour en avoir de nombreux exemples.
Par le jeu des concentrations de capital, la plupart des grands médias appartiennent ou sont dépendant (par les participations au capital ou la publicité) de grands groupes8

Le résultat en est que les journalistes intériorisent les priorités de la classe dominante9, de sorte qu’il est quasi exceptionnel qu’un patron doive censurer l’un de ses journalistes10.

Petit à petit, les journalistes se retrouvent, souvent à leur insu, être les serviteurs des puissants en maintenant le champ du débat dans un cadre strict11 qui est justement celui voulu par leurs maîtres et en établissant ainsi une orthodoxie en-dehors de laquelle il est quasi-impossible de s’exprimer dans un média de masse.
Par ailleurs, les journalistes participent pleinement à la création des mythes de la “réussite” en reprenant sans sourciller les histoires (storytelling) qui leurs sont servies par leurs maîtres, présentant ainsi des “solutions” individuelles plutôt que collectives.

Le résultat de ce matraquage permanent est évident. En nous maintenant divisés, en formattant nos désirs et nos modes de pensée, la classe dominante peut facilement augmenter sa part du gâteau en poursuivant une guerre de classe d’autant plus impitoyable que par son contrôle des médias, elle nous maintient dans l’ignorance de cette lutte.

Que faire alors? Comment réagir?
Il ne tient qu’à chacun d’entre-nous de faire preuve de curiosité, d’esprit critique. De remettre en cause les vérités établies, de s’interroger sur d’éventuelles motivations cachées, de chercher des sources d’informations alternatives, de discuter autour de nous et de prendre conscience que la plupart de nos problèmes sont communs et que pour y apporter une solution, elle devra être collective et non individuelle.


Bérurier Noir – Les Rebelles

  1. Edward Bernays est le père de la propagande moderne. []
  2. en exigeant par exemple un “réalisme” qui, a contrario, ne s’applique pas au système actuel []
  3. par exemple, les parachutes dorés []
  4. le recours au nationalisme, et donc à la guerre, est un grand classique du genre []
  5. l’avantage du recours à un bouc émissaire, c’est qu’on peut toujours facilement en trouver un… []
  6. et cela, nonobstant le fait évident que le système éducatif sert bien évidemment aussi à reproduire les inégalités sociales []
  7. j’avais déjà relevé ici le cas de la campagne contre la contrefaçon. []
  8. Ce n’est pas par hasard qu’un journal comme le Plan B parle de Parti de la Presse et de l’Argent (PPA). []
  9. à tel point que pour certains d’entre-eux, il est impossible d’être journaliste et communiste à la fois []
  10. exceptionnel mais pas impossible, il suffit de consulter, par exemple, le numéro des Dossiers du Canard consacré à la censure justemment []
  11. mais qui n’exclut pas la critique aux marges du système. Critique marginale qui permet alors d’affirmer la nature “libre” du système sans jamais réellement le remettre en cause. []

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